Vallaud-Belkacem et Pellerin, ces Fleurs qui cachent la forêt

Ça y est, le monarque républicain a parlé. Après consultation avec son chouchou Manuel Valls, ce dernier a présenté un nouveau gouvernement. Son tournant néolibéral ayant été amplement commenté, il semblerait que d’autres aspects des choix du tandem exécutif aient été laissés dans l’ombre. C’est un gouvernement qui se veut empreint d’exemplarité, notamment au sujet de l’égalité hommes/femmes qui est, théoriquement, un des fronts de bataille de la gauche

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Manuel Valls et François Hollande, respectivement Premier Ministre et Président de la République.

Parlons de cette exemplarité. Le Président de la République avait centré sa campagne présidentielle sur un terrain où il était, disons-le, facile, de se différencier de la droite: celui de l’exemplarité, à la fois morale et symbolique. Même si l’affaire Cahuzac a porté un coup dur à cette prétention du pouvoir socialiste, c’est resté une ligne directrice essentielle des décisions du Président. Ce remaniement en porte également le sceau. Le Président se montre progressiste et moderne avec un partage (presque) parfait des porte-feuilles entre les hommes et le femmes : huit ministres de chaque sexe. Les promotions les plus mises en avant et commentées sont également celles de deux femmes : Najat Vallaud-Belkacem et Fleur Pellerin, deux étoiles montantes du Parti Socialiste. On aurait donc un Président presque obnubilé par l’égalité des sexes et la promotion politique des femmes? Un chef d’État français féministe?

Une analyse plus en détail de la composition du nouveau gouvernement ferait plutôt croire le contraire: la cause des Droits des Femmes, qui était au centre du Ministère des Droits des Femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports de l’ancien gouvernement se retrouve accolée à la Santé et les Affaires Sociales, diluant ainsi de fait les moyens alloués à ce front. Pire encore, le Ministère a perdu une des ministres les plus dynamiques et télégéniques, Najat Vallaud-Belkacem, encore elle, qui a été transférée à l’Éducation. Ces décisions, déjà dénoncées par plusieurs organisation féministes, sont en elles-mêmes très inquiétantes : elles reviennent à qualifier la promotion des Droits des Femmes à une question sanitaire et sociale, dans la tradition la plus conservatrice qui fait des femmes le corps (au sens physique du terme) de la Nation, avec le sous-entendu sur la pensée et l’esprit que je vous laisse imaginer.

On remarque également que même si les chiffres sont ceux de la parité, la distribution des ministères reste empreinte de cette conception arriérée des femmes. Elles s’occupent en effet de la Santé, de l’Éducation, du Logement, de l’Écologie et de la Culture en laissant les ministères-clé et la plupart des ministères «régaliens» aux hommes: Intérieur, Défense, Économie, Finances, Travail. La seule exception notable est celle de Christiane Taubira, reconduite Ministre de la Justice. Alors que de l’autre côté du Rhin, un gouvernement de droite promeut une femme (Ursula von der Leyden) à la Défense, le pouvoir socialiste, d’apparence si progressiste, persiste dans des conceptions ancestrales des capacités politiques des femmes.

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Christiane Taubira, reconduite Ministre de la Justice.

Au-delà de ça, ce changement illustre une tension inhérente à l’exercice du pouvoir de François Hollande. D’un côté, à défaut de relancer l’économie, ce sont ses décisions qualifiées de sociétales, dont certaines sont féministes, qui ont inscrit son mandat dans l’Histoire : mariage pour tous, facilitation de l’accès aux IVGs, réforme pénale… La reconduite de Christiane Taubira est d’ailleurs un rappel constant de ces réformes. Mais de l’autre côté, la côte de popularité de François Hollande n’a jamais été aussi basse et il sent bien que ce n’est pas à coup de réformes sociales qu’il va enrayer le chômage et relancer l’économie française, ce qui semble être le seul moyen de se faire réélire en 2017. Dans cette situation, le Président a choisi de donner la priorité aux problèmes économiques en abandonnant les chantiers de la cause féministe et en reléguant cette cause à une simple question d’exemplarité mathématique : huit hommes et huit femmes. A l’ère de l’information instantanée, où les chiffres lus rapidement et les «buzz» sur les personnalités sont légion, il espère cacher cet abandon partiel de la cause féministe par une division chiffrée égale et des promotions de ministres féminins jeunes, télégéniques et relativement populaires.

Cela illustre également le fond du problème de l’exemplarité socialiste, qui se veut inspirée des traditions protestantes scandinaves : elle est essentiellement médiatique, artificielle et même sanctionnée par une Charte du gouvernement qui indique, point par point, comment doivent se comporter les ministres pour être exemplaires. Avec ce modèle franchement autoritaire, on est très loin d’un véritablement ethos politique (scandinave) qu’incarneraient spontanément nos gouvernants et qui serait le guide suprême de leurs actions. Et François Hollande paraît tout aussi artificiel dans sa lutte contre le sexisme : à défaut d’avoir un ethos égalitaire sincère, il ne peut que gesticuler à la surface du problème pour tenter de plaire à une opinion publique nourrie aux tweets, aux chiffres simplifiés à outrance et aux coups de gueule de personnalités politiques.

André DURAMOIS

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