Opinion: Juncker apportera-t-il du changement à l’Union Européenne ?

Le 15 juillet, Jean-Claude Juncker a été élu par le Parlement Européen pour remplacer José Manuel Barrosso en tant que prochain Président de la Commission Européenne.

Le nouveau président a été élu malgré la forte opposition de David Cameron, qui, en conséquence des récentes élections européennes, essaie de récupérer le vote des eurosceptiques pour le parti Conservatiste. Ce changement, qui produit avec un remaniement du gouvernement du Royaume-Uni, est cependant un simple geste et n’affectera sûrement pas la future prise de décision de la Commission.

Juncker est le premier candidat à être élu directement par le Parlement Européen et est, de fait, attendu pour créer une relation plus proche entre l’Union et ses citoyens. Servant précédemment comme Premier Ministre du Luxembourg et chef du groupe de ministres des finances de l’UE (Eurogroup), le président Juncker peut-il ouvrir la voie de la croissance et stabilité en Europe ?

Juncker semble arriver avec des politiques similaires – sinon identiques – portant sur la prospérité que son prédécesseur. Dans son plan présenté avant le vote, Juncker a déclaré :

« Ma première priorité en tant que Président de la Commission sera de renforcer la compétitivité de l’Europe et de stimuler l’investissement dans le but de créer des emplois. J’entends présenter, dans les trois premiers mois de mon mandat et dans le contexte de « l’Europe 2020 », un plan ambitieux sur l’Emploi, la Croissance et l’Investissement. »

Garder la même stimulation de l’investissement et accroître le rôle de l’UE aux dépens des gouvernements nationaux. Il n’y a pas de doute que la stratégie pour 2020 qui a promis une « intelligente, soutenable et complète croissance » et a donné si peu de résultat pour le moment, doit être changée. Le concept entier, étalé sur dix ans, de plans pour l’économie européenne doit être abandonné, puisque les lignes directrices devraient toujours être flexibles pour convenir à l’état actuel des États.
L’Euro est une nécessité pour Jean-Claude Juncker, parce qu’il croit au renforcement monétaire et à l’union fiscale. Malheureusement, c’est la monnaie commune qui empêche certains de ses membres de se redresser économiquement, tels que le Portugal, qui est toujours hautement endetté et dont l’une des plus grandes banques, Espirito Santo, est en difficulté.
De plus, l’accord de libre échange entre l’UE et les États-Unis, le TAFTA, ne sera sûrement pas signé dans un futur proche, puisque Juncker a poursuivi en disant :

« Je ne sacrifierai pas la sûreté de l’Europe, sa santé, son social et sa protection de données ou notre diversité culturelle sur l’autel du libre échange. »

S’il y a bien quelque chose qui pourrait booster l’Europe et sa compétitivité comme le souhaite M. Juncker, c’est d’ouvrir le marché avec des régulations raisonnables, puisqu’au final, c’est le consommateur qui décide quoi acheter.

Des changements positifs peuvent être atteints dans la politique d’immigration, puisque la Commission devrait, selon Juncker, se concentrer pour faire de l’Europe une destination attrayante pour les migrants cherchant du travail, en améliorant le système du permis de travail et de la Carte Bleue Européenne. Également, renforcer la protection des frontières en réaction aux actuels conflits en dehors de l’UE.
Un des objectifs des représentants de l’UE fréquemment cités est l’unification des affaires étrangères de l’Europe pour faire de l’Europe un « acteur mondial fort ». Juncker le définit également comme l’une des ses plus grandes priorités. Dire qu’il existe de nombreux avantages à être un acteur politique mondial est une question qui nécessite un long débat ; cependant, l’UE devrait être prudente lorsqu’elle intervient en dehors de ses frontières. L’actuelle crise ukrainienne est un exemple où l’UE a partiellement créé (et échoue à résoudre) un conflit entre elle-même et la Russie, où d’innocentes personnes souffrent. L’avenir des affaires étrangères de l’UE réside également entre les mains du Haut Représentant des Affaires Étrangères qui sera nommé plus tard cette année.

Que Juncker apporte des changements aux politiques de l’Union Européenne est encore une question en débat. Néanmoins, au regard de son expérience et convictions, il semble se placer sur la ligne des politiciens « fédéralistes », ce qui bénéficie plus que ne nuit à l’UE.

Frantisek Kraus
(trans: Marion Marigo)

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