La Cité de la réussite, un weekend d’effervescence intellectuelle

La Cité de la Réussite existe depuis 1989 et consiste, chaque année, en un weekend de conférences à thème, mêlant intervenants reconnus, public débutant ou avéré et étudiants curieux d’engager un dialogue.

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Cette année n’a pas dérogé à la règle. Les 8 et 9 novembre 2014, à la Sorbonne, Paris, s’est tenue la Cité de la Réussite, dont le thème choisi pour l’occasion était « L’Audace ».

La Cité de la Réussite, dont les thèmes varient de « L’imagination » à « La responsabilité » en passant par « Tout réinventer », marque en premier lieu par la qualité de ses intervenants. Ayant précédemment convié Robert Badinter, Marc Lévy, Luciano Benetton, Richard Descoings, Raymond Devos, Sonia Rykiel, Michel Houellebecq, Danielle Mitterrand, Philippe Seguin, Alain Afflelou, Nicolas Sarkozy, Mathieu Kassovitz ou encore Simone Veil – pour ne citer que les plus célèbres, l’organisation n’a encore cette année pas dérogé à la règle. Ainsi, Carlos Ghosn, Claude Bartolone, Plantu, Christiane Taubira ou encore Marion Bartoli ont eu l’occasion de débattre lors de diverses conférences. Et j’ai eu la chance d’assister à deux d’entre elles.

 

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La première, « Écologie et justice sociale : l’audace d’une convergence » était animée par Bernard Devert (fondateur d’Habitat & Humanisme), Chantal Jouanno (ancienne ministre des sports et sénatrice de Paris), Bruno Lechevin (président de l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie) et Bert Luyts (membre d’ADT Quart Monde). Les étudiants et le public ont pu aborder les sujets portant sur l’intégration des plus pauvres dans la transition énergétique, l’importance de la société civile et de ses actions, ou encore la question du coût de la transition écologique porté par les différentes classes sociales. En effet, la question de l’écologie et de la justice sociale peuvent sembler contradictoires à certains égards ; au vu des interventions passionnées des quatre invités, cette opposition n’apparaît pas comme insurmontable, et c’est bel et bien la prise de conscience collective et le partage des coûts qui nous amènera vers une solution verte et durable.

 

N’imaginant pas qu’il soit possible d’assister à une conférence encore plus intéressante, c’est avec une grande curiosité que je me suis rendue, le jour suivant, dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, pour écouter débattre au sujet de « L’audace de croire, de rêver, d’aimer ». Ce n’est pas tant le sujet qui m’a interpelée que la diversité de ses intervenants : se répondaient Francine Leca (chirurgien cardiaque, fondatrice de l’association Mécénat Chirurgie Cardiaque enfants du monde), Haïm Korsia (le Grand Rabin) et George Haddad (directeur de l’enseignement à l’UNESCO). Dotés d’un humour inébranlable, les trois intervenants, relancés par Serge Moati, ont répondu avec justesse aux questionnements des étudiants. Il en ressort que l’audace, ce n’est pas forcément croire en Dieu, mais espérer dans les autres. C’est dépasser ses peurs, ses pulsions. C’est se confronter à soi-même et connaître ses limites. C’est transformer cette idée en courage et perpétuer l’effort pour atteindre son but. C’est travailler dur pour arriver au résultat escompté. C’est respecter l’éducation et transmettre le gout du savoir. Finalement, l’audace est très subjective.

 

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Que retenir de ces conférences ? Le niveau intellectuel magistral des intervenants ? Leurs connaissances profondément affinées ? La curiosité des étudiants ? Les écarts d’âge du public, variant de 18 à 80 ans ? La beauté du bâtiment ? L’humour ? La qualité des sujets ?

Je suppose que ce qui fait la singularité d’une telle conférence, c’est ce tout productif qui en émane. C’est la capacité de se poser des questions inédites et de se dire que la barrière de la connaissance n’est pas rigide.

 

C’est aussi la capacité d’exercer et de développer son esprit critique. Et c’est avec une légère frustration que j’ai quitté le Grand Amphithéâtre dimanche, sans avoir pu évoquer l’importance de présenter de telles conférences dans des milieux bien moins favorisés que le 5e arrondissement de Paris. Est-ce que la justice sociale ne devrait pas aussi inclure l’égal accès à l’éducation de haute qualité dans les milieux sensibles et défavorisés ? L’audace, n’était-ce pas de tenir cette conférence dans le département 93, par exemple ? Peut-être alors que le plus important à retenir de ces conférences, c’est que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour créer une société meilleure. Et comme l’avait, à très juste titre, fait remarquer Bernard Devers, c’est bien la philosophe Simone Weil qui disait « C’est le difficile qui est le chemin. A ce difficile, nous sommes appelés ».

De/Photos: Marion Marigo

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