L’obsession de la corruption roumaine, une pure diversion

Durant le mois de février de cette année, la Commission Européenne a délivré un rapport sur l’estimation du coût financier de la corruption dans les pays membres de l’Union Européenne. Évitant de mettre au pilori qui que ce soit en particulier, le rapport a néanmoins identifié la Roumanie et la Bulgarie comme les deux pays les plus attentivement examinés parmi toutes les nations de l’UE. Bien que le duo soit communément considéré dans les discussions comme un bloc unitaire, les deux nations diffèrent grandement dans leurs actions avant et après leur entrée au sein de l’UE.

Une telle différence réside dans leurs réponses respectives à la corruption. En effet la Roumanie a fait des progrès plus importants que son homologue des Balkans, cependant les stigmates du communisme et sa corruption inhérente demeurent. Cela amène à une réflexion sur la rareté des archives en Roumanie, avec une littérature limitée aux rapports économiques et gouvernementaux internes et nationaux. La plupart des problèmes intérieurs du pays sont télévisés ou publiés dans les journaux roumains, et avec une couverture internationale rare de ces problèmes internes il s’agit là d’un cas très parlant de « ce qui se passe en Roumanie, reste en Roumanie ».

Les études générales sur la corruption en Union Européenne tendent à penser que, le plus souvent, les États frontaliers ont un niveau économique plus bas et/ou sont des nations politiquement instables, et ont une probabilité plus grande de s’engager dans des pratiques de corruption. Une histoire de communisme – comme le cas de la Roumanie – est certainement impliquée dans ces constatations, comme l’explique l’éminent historien local Neagu Djuvara. Il ne fait aucun doute que le vol et la corruption étaient des éléments centraux dans la longévité du régime de Ceaucescu (sous la forme d’expropriation), et ces vices ont été profondément enracinés dans la société roumaine.

Obsession corruption roumaine graphique

La corruption généralisée est le reflet d’un passé trouble et complexe, et il est très surprenant que nos compagnons Européens – eux-mêmes chargés d’une histoire douteuse – soient encore réticents à nous acquitter. Si notre histoire nous représente de cette manière, et que nous faisons partie d’un bloc purement opposé à l’Europe Occidentale, alors la conclusion logique pour les autres nations est d’appliquer les stéréotypes habituels de la criminalité.

Le réel problème est que la Roumanie pourrait contribuer à l’impact financier global de la corruption dans l’UE, mais elle pourrait aussi détourner l’attention des autres pays membres dont les systèmes politiques facilitent la corruption ou d’autres activités douteuses. Après tout, l’absence d’une corruption visible dans les cercles d’élites européennes ne doit pas être assimilée à son absence réelle, et il suffit de regarder les trois plus grandes économies européennes pour voir que la Grande-Bretagne dispose d’un financement de parti politique douteux, la France continue d’avoir des irrégularités sur les marchés publics, et même les Allemands ferment les yeux sur la petite corruption dans le business en hésitant à ratifier la Convention des Nations Unies contre la corruption.

De plus, l’attention particulière de la Grande-Bretagne portée sur la Roumanie en matière d’immigration a donné des munitions supplémentaires à ses détracteurs, et a permis à des situations économiques désastreuses comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne d’éviter d’être sous le feu des projecteurs. Si besoin est d’avoir des preuves supplémentaires, il suffit de regarder la Croatie, dont l’intégration européenne passe par une surveillance stricte et inhabituelle dans le cadre du mécanisme de coopération et de vérification, de manière à assurer l’entière conformité avec les normes européennes de transparence (mesure qui n’a sans doute pas était appliquée avec la même rigueur en ce qui concerne la Grèce).

La Roumanie se trouve actuellement à un carrefour, avec des élections présidentielles imminentes. Bien que la corruption ait nombre de définitions et d’interprétations, en termes européens il s’agit d’un manque de valeurs morales et d’éthique de gouvernance. En tant que membre de l’UE, de l’OTAN, du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC, l’adhésion et l’engagement de la Roumanie envers les valeurs libérales ont été raffermis après 1989. La Roumanie est une république semi-présidentielle et autonome – mais lorsqu’elle arrive à une bonne gouvernance, le manque d’unité et d’accord sociopolitique est peut-être la plus grande barrière au combat contre la corruption et la possibilité pour le pays d’exploiter son immense potentiel.

La différence d’opinion est de plus en plus frappante en cette année électorale, avec 14 candidats à la présidence du pays, mais elle cache l’homogénéité globale du système politique. Plus important encore,  elle empêche la Roumanie d’aborder le problème de la corruption à ses différents niveaux, que les Commissaires Européens accusent de nuire à l’Union sur un plan économique et financier. Ce dont il faut se souvenir, tout de même, c’est que même si les niveaux de corruption en Roumanie pourraient être impliqués dans le déficit de l’UE, il ne s’agit que d’un pays parmi plus de douze États membres ayant une participation égale dans le projet européen, avec d’importants problèmes économiques se diffusant sur tout le bloc occidental et il semble excessivement sévère et parfaitement opportuniste d’attaquer la corruption dans le bloc de l’Est.

– Andrea Maria Gavrilä
Traduction: Jessy Périé

 

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