Présidentielles grecques, un premier domino ?

Alors que les mouvements anti-austérité se font de plus en plus nombreux en Europe, les élections présidentielles en Grèce revêtent une importance particulière. Suite à l’annonce d’élections anticipées par le premier ministre Antonis Samaras, c’est à partir du 17 décembre que les 300 députés grecs devront élire le nouveau président de la république. Si, au cours des 3 tours de scrutin, aucun candidat n’obtient au moins 180 voix lors du troisième tour, le Parlement sera dissous et de nouvelles élections législatives seront organisées en début d’année.

Un vote qui pourrait faire tomber le premier domino

La coalition actuellement au pouvoir, composée des conservateurs de « Nouvelle Démocratie » et des socialistes du PASOK disposent de 155 sièges. Même en cas de vote unitaire, ils ne disposent pas du nombre de voix nécessaires pour garantir l’élection de Stavros Dimas. La coalition doit donc convaincre d’autres députés de les rejoindre pour le vote. La partie est cependant loin d’être gagnée, car les autres formations politiques présentes au parlement ne souhaitent pas donner leur aval à la poursuite de la politique menée actuellement.

En cas de législatives en début d’année, c’est une toute autre Grèce qui pourrait se dessiner, et, à terme, une toute autre Europe.

Syriza, l’alternative

Alexis Tsipras, leader du parti Syriza
Alexis Tsipras, leader du parti Syriza

Syriza, le parti de gauche radicale, emmené par Alexis Tsipras, est en tête dans les sondages, dans le cas d’élections législatives anticipées. Le programme de ce parti trouve un large écho auprès de la population, et pour cause, il va à l’encontre de tout ce qui a causé le malheur du peuple grec ces six dernières années. Syriza annonce par exemple l’annulation des deux tiers de la dette du pays, une augmentation des salaires et des investissements massifs de l’état dans l’économie du pays. Dans un pays où le chômage des jeunes atteint le record de 60% et où le niveau de vie a baissé de près de 40% depuis 2008, ces annonces suscitent beaucoup d’espoir de la part des grecs.

D’un autre côté, les banques et fonds d’investissement qui ont beaucoup spéculé sur la dette grecque voient l’arrivée de Syriza au pouvoir comme un véritable cauchemar. Cette seule perspective a fait chuter les marchés grecs de plus de 20% en moins d’une semaine. Plus récemment, c’est le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker qui est intervenu pour promouvoir la stabilité du gouvernement Grec, donnant indirectement son soutien à la coalition actuellement au pouvoir. L’Union Européenne, qui doit accorder à la Grèce une nouvelle tranche d’aide de 7 milliards d’euros en début d’année 2015 tente de faire pression pour que le gouvernement actuel soit maintenu.

Des espoirs en Europe

La possible arrivée d’un parti de gauche radical au pouvoir aura des conséquences imprédictibles au niveau européen mais suscite aussi de nombreux espoirs. Les mouvements similaires à Syriza, tels que le mouvement Podemos en Espagne ou le Front de Gauche en France espèrent ardemment que la Grèce soit le premier pays de l’Union à se doter d’un gouvernement de ce type. Cela leur permettrait, en cas de succès de Syriza, de disposer d’un exemple concret pour légitimer leur politique anti-austérité, et donc de gagner en crédibilité.

Les élections présidentielles en Grèce pourraient donc représenter le premier domino, qui, s’il tombait, en entraînerait de nombreux autres, dans une mutation à grande échelle de la politique européenne.

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