L’exorcisme, ou la nouvelle stratégie catholique

La semaine dernière, l’Association Internationale des Exorcistes a tenu une convention devant plus de 300 de ses membres dans la Cité du Vatican, et pour la première fois avec l’approbation officielle de l’Église Catholique. En plus d’avoir précédemment été reconnue par la Congrégation du Vatican cette année, le Pape lui-même a déclaré que ces prêtres pratiquaient un exorcisme « manifestant l’amour de l’Église et l’acceptation de ceux qui souffrent à cause de l’œuvre du diable ». Ce qui pourrait paraître pour certains comme une évolution insignifiante et amusante, pourrait en réalité constituer une superbe illustration de l’actuel objectif catholique d’attirer plus de pratiquants et de garder son influence profonde à travers le monde.

L’Église Catholique ressemble en de nombreux points à une entreprise multinationale. Elle possède de nombreuses succursales dans le monde, utilise une hiérarchie centralisée pour unifier sa structure, sa gouvernance et son panel de produits, elle vise à attirer le plus grand nombre possible de clients et maximise bien sûr les revenus pour poursuivre ses activités. Cela peut sembler dénigrant, mais en réalité beaucoup d’ONG et oeuvres de charité fonctionnent sur le même schéma et il n’y a rien de mal en soi dans cette approche. Au final la seule chose qui nécessite d’être jugée, ce sont les activités ou services que l’organisation propose et il s’agit d’une tâche pour chacun d’entre nous.

Durant le siècle dernier, l’Église a en permanence été confrontée au déclin constant de l’importance de la religion dans la vie des gens, particulièrement au sein des pays développés ayant un patrimoine chrétien. Pour n’importe quelle entreprise un tel développement du marché est un signal clair que le cycle de vie de ses produits arrive à sa fin, d’où la nécessité de repenser sa stratégie et de revenir avec un nouveau modèle de fonctionnement.

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Le Vatican a saisi de nouvelles opportunités pour améliorer son image à travers le monde, un exemple parlant est la nomination de Jean-Paul II qui a représenté une forte opposition à l’Union Soviétique et a ainsi attiré une grande sympathie. Le pape Benoît XVI n’a pas réussi à continuer de promouvoir cette image et il est tout à fait possible que cela soit la principale raison de sa démission. Actuellement, le pape François est l’une des personnalités les plus appréciées dans le monde en étant sélectionné par le Time Magazine comme personne de l’année 2013, et est fréquemment appelé « Pape du Peuple ». Sa nomination montre que certains au Vatican s’y connaissent en gestion stratégique.

Après avoir remanié l’image de marque de l’Église et utilisé les grands enjeux mondiaux avec la foi comme moyen d’obtenir plus d’adhérents, il est temps d’utiliser de nouvelles techniques. Les recherches actuelles dans le domaine de la stratégie suggèrent qu’utiliser un panel d’entreprises connexes rapporte de meilleurs résultats. C’est le moment où l’exorcisme entre en scène…

Les gens des pays développés aujourd’hui sont moins intéressés par les offices chaque dimanche et dévouer leur vie à la religion, ils préfèrent chercher des solutions rapides à leurs problèmes et se tournent vers la prière quand il n’y a pas d’autre alternative. Le fait d’adopter l’exorcisme tel un nouveau service permet de comprendre les besoins des croyants post-modernes et de s’emparer du marché actuellement détenu par les magiciens et charlatans. Étant donné la crédibilité de l’Église Catholique, comparée à celle des charlatans précités, et son réseau mondial établi de prêtres capables de fournir ce nouveau service, adopter l’exorcisme semble être une sage décision. Au moins du point de vue de la stratégie d’entreprise.

Pourquoi est-ce important ?

Il y a deux principales implications dans cette analyse simplifiée de la nouvelle stratégie catholique. Tout d’abord, il est probable que nous verrons plus de secteurs dans l’industrie spirituelle se joindre au sceau du Vatican d’une manière similaire. Ensuite, le fait qu’une organisation qui a servi durant des centaines d’années de force influant les préférences sociales doive maintenant s’adapter à celles-ci comme toute autre entreprise ou gouvernement est sans aucun doute une amélioration. Le changement social est plus influé par les préférences individuelles des gens que par une doctrine centrale basée sur un ensemble de croyances. Finalement, tous les groupes prêchant la morale devront adhérer au consensus unanimement approuvé ou bien disparaître.

Frantisek Kraus
– Traduction : Jessy Périé

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