Opinion : Le débordement des lois de sécurité nationale en Australie

La menace que constitue l’État Islamique (EIIS/EIIL) a suscité des réactions législatives dans plusieurs gouvernements à travers le monde occidental. Une des réponses les plus flagrantes provient des politiciens en Australie, où l’on a donné à un des gouvernements fédéraux les plus impopulaires de tous les temps le pouvoir de se débarrasser des libertés fondamentales au nom de la sécurité nationale. Sous la forme d’une réponse au terrorisme et à la brutalité de l’État Islamique, ces lois de sécurité nationale révisées portent atteinte à la vie privée, au discours et à la liberté des individus, tout en entravant la capacité des médias à tenir le gouvernement responsable de la conduite de ses opérations militaires.

Opinion - le débordement des lois de sécurité nationale en Australie 

Cependant, c’est justement sur ce point que les lois de sécurité nationale sont très étranges : les gouvernements les mettent en place parce que les citoyens les approuvent. Comment sinon expliquer que le gouvernement fédéral, considéré comme non fiable et impopulaire, a paradoxalement reçu un support bipartisan et l’approbation d’un large public pour réduire les libertés fondamentales ? Comment sinon justifier ce support communicatif malgré le fait de savoir qu’une fois implémentées, ces mesures de sécurité nationale sont très difficiles à démanteler, et les gouvernements sont naturellement réticents à l’idée de perdre les pouvoirs qui rendent leur travail plus facile ?

 

La raison est relativement simple. Dans l’ensemble, les lois de sécurité nationale n’ont jamais ouvertement ciblé la majorité ; elles sont conçues pour poursuivre les terroristes ou quelques autres minorités hostiles que se soient. Dans cet exemple en particulier, la cible est l’État Islamique et toute personne qui supporte, finance ou propage leur programme extrémiste, de sorte à ce que, à moins que vous soyez un musulman avec un intérêt personnel à la déformation de l’Islam faite par l’EIIS, le grand public ne se sente jamais concerné.

B43oKvWCUAAVyFS

Le scandale PRISM a fait peu pour changer les perceptions du public quant au fait que le gouvernement met leur téléphone sur écoute, et Wikileaks a fait peu pour améliorer l’accès public sur les décisions gouvernementales liées aux missions militaires lointaines qui se déroulent en terres étrangères. En fait, le public est simplement soucieux de sa propre sécurité – et c’est pourquoi les bénéfices de la législation concernant la sécurité nationale sont plus simples à promouvoir que l’inévitable compromis en terme de vie privée. En effet, il est facile pour un gouvernement d’illustrer l’illogique violence du terrorisme, se référer aux services de renseignements qui indique la probabilité d’attaque, et justifier leurs actions comme nécessaires pour contenir le danger qui affecte la populace effrayée.

 

Cependant, l’attitude du gouvernement n’est pas nécessairement injustifiable. En situations d’urgence, les bilans et contrôles procéduraux peuvent faire perdre du temps et entraver le processus de sécurité.

La responsabilité peut être sacrifiée sur l’autel de l’efficacité, et la transparence peut être troquée contre des situations de sécurité nationale. On accepte qu’il y ait certaines choses que non accessible au public par peur qu’il les révèle à l’ennemi, même si notre capacité à tenir le gouvernement pour responsable est sacrifiée pour notre propre protection. Mais cela requiert la confiance envers le gouvernement, et plus la réaction est grande, plus la confiance est nécessaire.

 

Il est plus difficile pour les partis d’opposition d’expliquer le lent processus de retour sur les libertés et les effets négatifs qu’il peut y avoir sur la populace. Des arguments en « pente glissante » – c’est-à-dire « X amène à Y qui amène à Z » – souvent utilisés dans ces circonstances sont peu convaincants, pour la simple raison qu’ils sont une erreur. L’intérêt devrait être porté sur les risques immédiats.

 

Quand on parle de sécurité nationale, le danger n’est pas celui d’un préjudice futur mais plutôt les pouvoirs habilités par la législation elle-même. Avec ces nouvelles lois, le gouvernement peut réduire au silence les journalistes qui parlent des « opérations de sécurité », et les agents peuvent envahir la vie privée, détenir pendant de longues périodes sans charge, et limiter les commentaires critiquant l’administration. Cela nuit à nos libertés personnelles et à notre intégrité démocratique. Comment pouvons-nous faire pression sur notre gouvernant pour engager une guerre « juste » si nous ne pouvons pas condamner leurs actions lorsqu’ils ne le font pas ?

 

L’attaque, la dénonciation ou l’action contre les pouvoirs du gouvernement sont dissuadés par des peines d’emprisonnement. Les journalistes sont effrayés à l’idée de s’en prendre au gouvernement puisqu’ils ne savent pas eux-mêmes s’ils transcendent la loi. Les partisans de l’Islam limitent leurs déplacements par peur d’être arbitrairement détenus s’ils sont attrapés dans un lieu public. Il est difficile de quantifier le vrai impact de ces lois, mais les conséquences sont bien réelles.

 

En bref, le public a reçu la menace du terrorisme à ses portes comme récompense pour avoir sacrifié un montant non quantifiable de liberté personnelle sans répercussions immédiates probables.


Au final, le résultat est un gouvernement qui manque de soutien public et de la confiance nécessaire pour justifier le contrôle de plus en plus important de nos libertés. Il n’est pas ici question d’anti-législation ou d’anti-sécurité nationale, ou d’être contre un compromis sécurité/liberté. Il est ici question de l’inégalité de ce compromis et de la volonté de l’Australie de céder des libertés personnelles à un gouvernement détesté et auquel on n’accorde aucune confiance, et aux gouvernements futurs que nous ne connaissons pas encore. Il est temps pour le public de se soucier plus de leurs droits et libertés, et d’arrêter d’offrir leurs libertés au nom de la sécurité nationale.

Publicités