Opinion : Les sentiments mitigés freinent la fête d’anniversaire de la Turquie

 

Le 29 octobre est un jour très particulier pour la Turquie, étant le jour où le pays célèbre son indépendance, son statut en tant que République, et son émergence en tant que démocratie souveraine qui fut plus obtenue par la guerre que grâce à l’intervention occidentale. Cette année marque le 91e anniversaire de la République Turque – une nation où l’émoi d’un habitant peut passer d’un extrême à l’autre en une journée.

En tant que citoyen, ces sentiments deviennent plus passionnés quand un parti politique pro-libéral et conservateur au gouvernement ne cesse de saper les fondements mêmes de notre république. Dans cette année de controverse, le plus récent point de rupture fut la construction d’un nouveau palais présidentiel, ayant coûté plus d’un demi-milliard de dollars sur l’argent des contribuables et qui s’était poursuivi en dépit d’une décision de la Haute Cour qui avait considéré le projet illégal. Encore plus grotesque, l’emplacement du palais – en plein milieu d’un parc national créé et nommé d’après Mustafa Kemal Atatürk, l’homme décrété par la loi turque comme le « père » de la république.

L’ultime insulte fut la date d’inauguration du nouveau palais, qui fut bien sûr fixée au 29 octobre.

Ailleurs en Turquie, les problèmes sont encore plus sérieux. Des troupes kurdes venant du Kurdistan iraquien ont franchi les frontières turques pour aller combattre à Kobané contre l’État Islamique (ISIS/ISIL). Il s’agit non seulement d’un échec patent de la diplomatie turque, mais également d’une grande préoccupation pour le Moyen-Orient.

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Kobané sous les frappes aériennes (courant Octobre 2014)

Ce n’est pas une coïncidence si l’Amérique défend activement la ville de Kobané, que ce soit en initiant des frappes aériennes ou en envoyant une aide militaire aux combattants anti-ISIS. La ville elle-même est contrôlée par PYD, l’organisation terroriste kurde, qui contrôle également quatre autres villes en Syrie (des annexions qui se sont produites en 2012). Comme démontré lors de l’invasion en Irak en 2003, les États-Unis sont très volontaires pour aider la population kurde et créer des États Nation pour les factions pertinentes comme par exemple la région nord autonome de l’Irak.

PYD elle-même n’est pas nouvelle; elle existe en Syrie depuis des années, et a combattu les forces syriennes pour créer un état kurde indépendant dans le nord du pays. PYD est aussi étroitement liée à l’organisation terroriste PKK basée en Irak, que la Turquie a combattue pendant plus de trente ans au prix de 300 milliards de dollars et 40 000 vies.

Cela explique pourquoi la Turquie a été aussi réticente pour aider à la protection de la ville de Kobané, parce que le gouvernement reconnaît PYD comme une organisation terroriste. Néanmoins, par une décision réellement inexplicable, le Premier Ministre turc a soudainement été d’accord pour autoriser les forces militaires à passer par la Turquie après avoir refusé la requête pendant plus d’un mois. Et oui, vous le devinerez – ce retournement controversé et dénué de sens s’est produit le 29 octobre. Quel meilleur jour que le jour national de la Turquie pour aider les extrémistes anti-Turquie ?

Le 29 octobre de cette année fut aussi entaché par un accident minier ayant entraîné l’inondation d’une mine et la mort de 18 mineurs. Deux mois plus tôt, 300 mineurs étaient morts dans un autre accident – mais le gouvernement n’avait rien fait pour faire adopter une législation et durcir la réglementation autour de la sécurité et des conditions à l’intérieur de ces mines. Avec un régime qui favorise le développement et les affaires courantes au détriment de la sécurité des travailleurs, le sentiment général est que d’autres accidents sont inévitables.

Ainsi fut le 29 octobre 2014. À discuter des sentiments mitigés sur la fête nationale de la Turquie.

 

Légende photo de couverture: Le drapeau d’Atatürk survole son peuple en ce jour de la République de Turquie. Il n’est cependant pas certain qu’il aurait été d’humeur à faire la fête.

De: Sinan Bingul / Traduit par: Jessy Périé

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