Opinion : L’hypocrisie des lois anti-homosexualité indiennes

En 2013, la Cour suprême de l’Inde a décidé qu’une disposition criminalisant l’homosexualité était valide, revenant ainsi sur une décision de la Haute cour de Dehli de 2009 qui avait initialement jugé la disposition en question inconstitutionnelle. Le verdict a été prononcé en faveur de la Section 377 du Code pénal indien, qui punit l’homosexualité de l’emprisonnement à vie et décrit le « crime »  comment relevant de « sexe charnel contre l’ordre de la nature ».

 

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En 2009, la Haute Cour de Delhi avait souligné le fait que l’indignation morale n’était pas un moyen valide pour méconnaitre le droit fondamental à la sexualité. Mais l’an dernier, à la page 98 de sa décision, la Cour suprême a défendu l’idée selon laquelle une « minuscule fraction » de la population du pays seulement faisait partie de la catégorie « LGBT ».

Cette décision a suscité des réactions diverses – certaines surprises, certaines satisfaites, beaucoup déçues. En mettant toute émotion de côté, il faut noter que la décision est en elle-même antithétique concernant les droits de l’homme. La sexualité n’est pas un choix ; c’est l’orientation naturelle d’une personne, et en tant que telle, cela ne peut pas constituer le fondement d’une discrimination.

L’homosexualité est aussi naturelle que l’hétérosexualité, bien que peut-être moins commune. Que ce soit chez les animaux ou chez les êtres humains, l’homosexualité n’est pas une anomalie. En effet, l’orientation sexuelle est aussi naturelle qu’avoir des bras et des jambes, et ne constitue donc pas une aberration médicale, sociale ou émotionnelle. Mais c’est aussi trompeur de décrire l’homosexualité comme normale, tout simplement car ce concept est fortement subjectif et nous n’avons pas le droit de le définir comme « normal », comme si cela n’était qu’une construction sociale.

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L’homosexualité est visée par la Section 377 du Code pénal indien, qui est entrée en vigueur il y a plus d’un siècle, en 1860. Il a été rédigé par Westminster au nom du peuple indien durant l’occupation britannique de l’Inde, et la Section 377 – comme beaucoup d’autres dispositions – a été largement conçue d’après les perceptions préjudicielles des habitants du pays. Bien que de nombreuses pratiques culturelles variées prospéraient avant la colonisation britannique, celles-ci sont devenues plus rigides au contact des invasions mongoles et britanniques successives.

Sous la colonisation, les mariages endogames étaient préférés, la ségrégation par castes est devenue institutionnelle et les pratiques rituelles se sont fortement développées. La culture a ainsi fusionné avec les croyances religieuses, et s’est donc muée en une version empirée et impie offerte comme religion actuelle. La vraie écriture a été oubliée puisque la peur d’une dilution de la religion a abouti à des perspectives déformées prenant le pas sur les modes de vie individuels et les systèmes de croyance personnelle.

Bien que la plupart des commentaires soient en faveur d’une décriminalisation de l’homosexualité et mettent en exergue les bénéficies qui en découleraient, je souhaiterais adopter une approche différente et défendre l’idée selon laquelle la volonté-même de criminaliser l’homosexualité n’est pas naturelle, que cela ait lieu en 1860 ou en 2013.

 

Je trouve étrange que l’Inde – un pays qui consacre un traité entier au sexe et à la sexualité – considère l’homosexualité comme une « influence occidentale » qui mette en danger l’existence sociale de l’Inde. Une marche le long des murs de temps hindous, en feuilletant des textes et des lois anciennes, vous montrera que non seulement l’homosexualité existait au sein de la société indienne, mais elle était aussi acceptée, appréciée et considérée comme assez importante pour être présente dans les sculptures des temples indiens.

Aussi, les gens qui prétendent être des chefs religieux et des leaders – avec leurs connaissances et prônant l’hindouisme – sont les mêmes personnes fanatiques qui pensent qu’être gay signifie s’opposer à la « culture » hindoue et que cela peut être « soigné ». C’est enfin de l’hypocrisie au plus haut niveau que de prétendre que l’homosexualité est un produit de « l’influence occidentale ».

Que ce soit en Inde ou n’importe où dans le reste du mode, le fait est que l’homosexualité est normale et devrait être perçue et acceptée en tant que telle. La tolérance ne suffit pas, car toute seule la tolérance implique seulement l’acceptation la plus minime qui soit. Un véritable changement de paradigme est au contraire nécessaire – au sein du gouvernement, des cours de justice et dans l’esprit-même de l’ensemble de la population – afin d’accepter l’homosexualité et la connaître en tant que condition humaine « normale ».

C’est seulement lorsque l’homosexualité sera considérée « normale » que l’Inde pourra avancer et oublier ses problèmes de criminalisation et de discrimination.


Traduction : Coralie Doige

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