Pakistan : enfin l’union politique ?

Le 16 décembre 2014 pourrait bien être une date charnière dans l’histoire politique du Pakistan. Le leader de l’opposition, Imran Khan, a reporté la manifestation nationale de protestation. Le président Nawaz Sharif a convoqué tous les partis politiques à une conférence commune à Peshawar. Le drame qui vient de se produire pourrait bien enfin créer l’unité au sein des politiques pakistanais.

Plus tôt dans la journée, quelques militants talibans issus du mouvement Tehrik-e-Taliban ont attaqué l’école militaire publique de Peshawar. Les talibans accusent en effet l’armée de « prendre [leurs] familles et [leurs] femmes pour cible ». Un rapport fait état de la mort de pas moins de 126 enfants, et nous informe également d’un certain nombre de blessés graves parmi les professeurs et les élèves.

En tout, six à dix militants sont entrés dans l’école et ont brutalement ouvert le feu sur les enfants, dans les salles de classe. Se pose alors la question des réelles motivations qui ont poussé à un tel massacre. S’agissait-il vraiment d’une vengeance ? Etait-ce un signe de protestation des talibans quant à la politique d’éducation menée par l’Etat, notamment envers les femmes ? Ou était-ce pour frapper directement l’armée ?

On peut penser que les talibans ont organisé cette attaque pour les mêmes raisons que celles pour lesquelles ils avaient tenté d’assassiner Malala Yousafzai. Il n’est alors pas surprenant que Mademoiselle Yousafzai ait publié un communiqué dans lequel elle condamne fermement les attaques ayant visé « presque 500 élèves d’une école ». Il faut bien voir que cette attaque frappe le système éducatif pakistanais dans son ensemble. En effet, le fait que les talibans soient capables de mener de telles actions, perturbant des enfants pour le reste de leur scolarité, aura des conséquences psychologiques sur l’ensemble de la population. Au final, cette tuerie aura forcément traumatisé ces jeunes enfants.

Une fillette n’aurait jamais imaginé voir des hommes armés et des kamikazes dans une école. Il est affligeant de se dire que ces jeunes gens ont assisté à de telles horreurs.

Pakistan, enfin l'union politique ? Photo 2

Quand bien même il s’agirait d’une vengeance – sachant que nous ne remettons pas en cause les accusations portées à l’armée pakistanaise d’avoir pris pour cible des familles de talibans – il n’est pas très judicieux d’avoir choisi le recours exacerbé à la force, surtout sur des enfants que les assaillants ne connaissaient probablement pas. Ruiner la vie, les rêves et les ambitions de jeunes pakistanais ne participe pas à anoblir la cause talibane. Au contraire, cela contribue plutôt à unir le pays contre eux. De plus, bien que l’attaque d’une école militaire soit un grand coup porté à l’armée pakistanaise, les talibans semblent occulter certains traits de caractère des militaires que sont la détermination et la force mentale ; s’en prendre aux militaires pour les affaiblir ne peut que les rendre plus coriaces.

Les déclarations publiques officielles appelant les partis politiques à la conférence ont engendré des réactions empreintes de doute au sein de la population : « Cela a déjà été fait », « il n’en ressortira rien d’utile ». « Ce n’est qu’une formalité, et ce type d’incident se produira de nouveau ». Cette réunion – qui ne sonnera certainement pas le glas pour les talibans – pourrait-elle même mener à d’autres catastrophes pour le Pakistan ? Elle devrait peut-être être l’occasion pour le gouvernement de prendre des mesures concrètes contre les talibans. Un autre citoyen a ainsi suggéré que « les sources de revenus (des talibans, ndt) soient coupées » pour permettre de mieux les contrôler et d’anticiper d’éventuelles exactions. Gageons que nous en saurons plus après la réunion.

Il y a certainement des pakistanais qui soutiennent le mouvement Tehrik-e-Taliban. Mais tout le monde sera d’accord pour dire que le meurtre d’enfants dans leurs salles de classe et la violation de Droits de l’Homme ne satisfait personne et détériore l’image de la communauté. Les familles des victimes ont reçu du soutien de l’ensemble du Pakistan, et même d’au-delà des frontières. Les talibans ont encore échoué à prouver leur valeur : recourir au meurtre pour tenter de prouver sa bravoure ne légitime pas le pouvoir.

La question est désormais de savoir si cet événement aura pour conséquence d’unir la classe politique pakistanaise, ou s’il ne s’agira que d’un incident bien vite oublié, parmi d’autres.

Verra-t-on un nouveau siège après celui de l’aéroport de Karachi ? Les talibans attaqueront-ils une autre école ? La conférence des partis mènera-t-elle à des discussions efficaces ou ne sera-t-elle qu’un écran de fumée ?

Les exactions prendront-elles un jour fin, au Pakistan ?

Un nombre infini de questions qui sont ainsi laissées en suspens. Le moins que l’on puisse faire est de prier pour que cette tragédie soit la dernière de 2014.


Samer Haque,
(traduit par Vincent Escoffier)

Malala Yousafzai condamne la tuerie dans une école au Pakistan

Le prix Nobel de la Paix Laurette Malala Yousafzai, la jeune fille de 17 ans que les Talibans avaient tenté d’assassiner pour avoir défendu le droit des filles à aller à l’école, a publié une déclaration condamnant l’attaque des Talibans à Peshawar, au P akistan, qui avait tué plus de 100 écoliers.

« J’ai le cœur brisé par cet acte terroriste insensé et de sang-froid à Peshawar, qui se déroule devant nous. Des enfants innocents dans leur école n’ont pas leur place dans une horreur telle que celle-ci. Je condamne ces actions atroces et lâches et je reste unie au gouvernement et les forces armées du Pakistan qui font de louables efforts jusqu’à présent pour gérer cet horrible événement. Moi, avec des millions d’autres personnes à travers le monde, je pleure ces enfants, mes frères et sœurs – mais nous ne serons jamais vaincus. »

(Traduction : Jessy Poirié)

Malala Yousafzai condamne la tuerie dans une école au Pakistan

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