Grèce : élections anticipées en Janvier après l’échec du vote présidentiel

La Grèce se retrouve plongée dans une énième crise politique alors que son Parlement a échoué à élire un président. Des élections anticipées sont désormais programmées pour Janvier. C’est un début d’année remplie d’incertitudes économiques et politiques pour les grecs.

Les députés grecs ayant échoué pour la troisième fois ce mois-ci à élire un président de la République, le Parlement a été dissout. Cette dissolution enclenche donc des élections anticipées qui sont prévues pour janvier 2015. Cette crise politique intervient après que le seul candidat à l’élection, Stavros Dimas, n’a pas réussi à obtenir la majorité requise dans aucun des trois votes successifs prévus.

Selon la Constitution de la Grèce, un président ne peut être élu que s’il obtient le support des deux tiers du Parlement, ce qui équivaut à 200 votes. Si aucun candidat n’obtient ce quorum, le processus est répété cinq jours plus tard, avec les mêmes conditions puis, une troisième fois, cette fois-ci l’exigence étant rabaissée à 180 votes, soit 60% du Parlement.

Historiquement, pour la grande partie des gouvernements, obtenir une telle majorité lors de l’élection présidentielle n’a jamais constitué un problème majeur. En effet, jusqu’à la crise financière actuelle, la plupart des gouvernements du pays étaient des gouvernements à forte majorité et, de ce fait, n’avaient pas besoin de reposer sur des coalitions et donc des votes de coalitions, afin d’obtenir des majorités au Parlement. Récemment, les gouvernements grecs ont dû être formés par des coalitions de deux ou trois partis disposant de majorités marginales. Ces coalitions sont plombées par de profondes divisions, concernant notamment les mesures économiques ainsi que sur le bien-fondé de l’austérité fiscale imposée à leur pays par l’Union Européenne et le FMI.

Le premier vote pour élire un Président a eu lieu le 17 décembre dernier, suivi d’un second le 23. Stavros Dimas, un ancien commissaire de l’Union Européenne, n’a pas réussi à décrocher un vote de victoire.

Dans les faits, les députés ont finalement voté selon leur lignes de parti et Dimas n’aura réussi qu’a obtenir 168 votes, et cela dans les trois élections. Ce chiffre rassemble les 127 débutés de Nouvelle Démocraties (centre droit), les 28 Députés du PASOK (parti socialiste) et quelques indépendants. Cela laisse donc 132 députés ayant refusé d’octroyer leur support à Dimas trois fois de suite, ceux-là incluant les 71 députés de Syriza (la gauche radicale), les 16 députés de l’Aube Dorée (extrême droite), les 12 du parti Communiste et les 9 de la Gauche Démocratique.

L’incapacité à aboutir à un consensus a enclenché la dissolution du Parlement et provoqué des élections anticipées pour le 25 Janvier 2015. Les pronostics actuels donnent Syriza comme le grand vainqueur de ces élections. Cela permettrait au parti de la gauche radicale d’implémenter son agenda en faveur de la remise en cause des accords de sauvetage conclus entre la Grèce et l’UE et le FMI, qui, en contrepartie de mesures d’austérité, effaçaient une grande partie de la dette grecque.

Le Premier Ministre conservateur Antonis Samaras avait précédemment averti que des élections anticipées allaient “précipiter la Grèce dans la tourmente”. Son principal opposant et leader du parti Syriza a déjà déclaré que “dans quelque jours, les mesures d’austérité seront une chose du passé… les législateurs ont prouvé que la démocratie ne saurait subir un chantage”

Si les résultats du troisième tour du 29 décembre ne sont pas surprenants, du fait des positions tranchées observées lors des deux premiers tours, ils enfoncent le pays un peu plus dans le chaos et, plus incidemment, rouvrent la possibilité d’une nouvelle crise de l’Eurozone si Syriza remet en cause les accords de sauvetages tels que promis. C’est une situation délicate qui ouvre la voix à une remise en cause de la capacité d’Alexis Tsipras à diriger un parti, et éventuellement un gouvernement, du fait de son opiniâtreté à refuser de supporter le candidat Dimas.

La Grèce va donc commencer sa nouvelle année enlisée dans une plus grande incertitude, alors que sa classe politique continue de se battre avec les concepts de redressement économique et les incessantes problématiques tournant autour du débat sur les mérites de l’austérité et des plans de sauvetage internationaux.

Ces élections anticipées portent peu de garanties d’apaisement ou de résolution des difficultés économiques et sociales du pays. Le vote du 25 janvier a peu de chance de faire enfin émerger la Grèce des griffes d’une crise qui l’accable depuis cinq ans.

Shaan Sewak
(Traduction : Omar Tarabay)

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