« Nous sommes tous Charlie »

Alors Charlie, tu nous as pas fait marrer aujourd’hui ? Non, comment ça tu nous as pas donné une bonne caricature comme tu savais le faire ? Pourtant, il faut le dire, tu nous as bien provoqués. Qu’on l’aime ou non, c’est bien ta provocation dont on parlait quand on t’évoquait. Mais rien ne justifie une telle attaque. Rien ne justifie un attentat, rien ne justifie que le sang coule comme il a coulé aujourd’hui. Et j’aimais tellement qu’on évoque cette provocation ; ça montrait que les gens savaient échanger et avaient des avis différents à confronter.

Charlie, maintenant j’ai peur que quand on parle de toi, ce soit à cause de cet attentat. De Toi, « la victime », et non Toi, « le Provocateur ».

Ca fait bien longtemps que je n’ai pas écrit sous le coup de l’émotion, à chaud comme on dit. Mais Charlie je suis tellement en colère. En colère contre ceux qui refusent la liberté de la presse ; en colère contre ces lâches qui usent les méthodes de barbares qu’ils sont plutôt que les mots et les coups de crayon.

Oui Charlie, c’est ce qu’ils disent. « Ils sont tous morts ». Mais ils croient Charlie, à tort, qu’ils t’ont tué. Ils croient que tu ne te relèveras pas et que la France va avoir peur. Ils ont tort, parce que la liberté, c’est notre identité. Et on ne nie pas une identité sous la menace ; si on est obligé de baisser les yeux, on la sent toujours en soi. Et ce soir, je suis fière d’être française et de relayer les valeurs que tu défends.

Charlie, tu serais fier de voir que le monde entier a les yeux rivés sur toi. Aujourd’hui, j’ai eu des frissons en entendant ton nom repris en cœur par des milliers de personnes, à Paris. Et ton nom a résonné partout en France, 100 000 personnes ils disent ; et des rassemblements sont en cours dans le monde entier. Le hashtag « JeSuisCharlie » a été utilisé par tant de personnes. Mon flux Facebook a été inondé de cette image noire et blanche. Finalement Charlie, t’es pas un peu fier quand même ? T’as réussi à faire parler que de toi autrement que dans la critique. Tu vois, tout arrive !

On t’entend encore mieux que d’habitude Charlie ; on sait que toi aussi, ta peur principale, c’est de voir l’amalgame entre islamistes radicaux et les musulmans, musulmans qui condamnent d’ailleurs ce geste. Eux aussi ils ont peur, peur d’être étiquetés comme terroristes parce qu’ils ont lu le Coran. Alors on est unis – tu serais vraiment fier Charlie, on est unis et on ne fait (presque) qu’un.

T’en fais pas, aujourd’hui, tout le monde a condamné l’amalgame malheureux et la violence que tu as subi. T’en fais pas Charlie, nous on t’aime et tu as reçu plus de soutiens que jamais aujourd’hui. Derrière l’attaque contre toi, ce sont la démocratie et la liberté de la presse qui sont visées. Et ne le nions pas : ils nous ont touchés, profondément. Toutes les sphères, tous les pays qui respectent et prônent la liberté de la presse.

A toutes les personnes qui se sentent aujourd’hui meurtries par ce qui est l’attentat le plus sanglant de France ; à tous les stylos levés en l’air pour montrer que l’écriture est plus forte ; à toutes les déclarations que tes dessinateurs géniaux ont fait dans le passé ; à toi Charlie.

On a pleuré de rire grâce à toi ; aujourd’hui on pleure, tout court.

« On a tué Charlie Hebdo ». Qu’ils ont cru, ouais. Parce que « Nous sommes tous Charlie », et jamais ils ne pourront nous tuer, nous tous.

Au douze victimes de l’attentat perpétré ce matin contre Charlie Hebdo, aux blessés, aux choqués, aux familles et proches, j’envoie mes condoléances. Restons unis.

Marion Marigo

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