Terrorisme, un point de définition

Terrorisme. 2014 fut une année particulièrement faste pour ce terme. De mon humble point de vue du moins, c’est l’année où le terrorisme et le combat contre le terrorisme auront fait le plus la une, depuis les années 2001-2003. La soudaine apparition de DAECH au Moyen Orient et l’instauration d’un califat se revendiquant d’une forme auto-proclamée d’Islam ont joué leur rôle respectif. Parallèlement, des actes considérés comme terroristes ont ciblé des pays jusqu’alors épargnés comme le Canada et l’Australie. En outre, mon pays d’origine, le Liban, est directement menacé dans son intégrité territoriale par des combattants de DAECH et du Front Al Nosra. Une situation de Barbarians at the Gates où le Hezbollah, un groupe par ailleurs considéré par certains États et organisations comme étant terroriste, a participé à la stabilisation du front libanais.

Le phénomène déjà globalisé semble prendre une nouvelle forme, mais aussi une nouvelle échelle. Les attaques du 11 septembre 2001 étaient sans discussion barbares, profondément révoltantes et choquantes ; mais ce qui a le plus marqué les esprits, je pense, ce sont ces millions de citoyens qui ont, à travers le monde, réalisé que personne n’était à l’abri. Dans ce que certains veulent voir comme une guerre, tout le monde est combattant, qu’il le souhaite ou non. Phénomène de sécurisation de nos sociétés en guerre totale, troublant, mais qui n’est pas le sujet central de mon argument aujourd’hui.

Je souhaitais me concentrer sur la nécessité de comprendre le phénomène, de le comprendre en termes scientifiques, précis et objectifs, afin de donner aux décideurs et commentateurs les outils appropriés pour analyser, contrer ou empêcher le terrorisme. Car pour le moment, le terrorisme subit plus de manipulations conceptuelles que de contre-attaques efficaces, comme les exemples empiriques de ces dernières années l’ont malheureusement démontré.

Le terme de « terrorisme » est donc fréquemment utilisé, sinon sur-utilisé, alors que peu d’entre nous sommes réellement capables de lui donner une définition précise. Au-delà de la complexité intrinsèque du phénomène, celui-ci est malheureusement en grand manque d’une définition unifiée et communément acceptée aussi bien par les communautés scientifiques que les communautés politiques ou organisations internationales.

Un phénomène mondial ayant l’ampleur qu’a actuellement le terrorisme ne peut être combattu efficacement sans consensus international à ce sujet. Ce n’est pas faute de multiples et constants essais de la part de différents acteurs mondiaux ; mais définir ce phénomène est d’une importance cruciale si l’on souhaite l’aborder de manière objective et non biaisée. Seulement, le terrorisme reste aujourd’hui une arme à double tranchant, qui peut être utilisée par des individus ou des groupes plus ou moins organisés pour semer le chaos et la peur; mais qui est également utilisée par les-dites cibles et victimes potentielles de terrorisme, États ou groupes, afin d’ostraciser des populations ou justifier des actes d’exception contre des individus ou des groupes tout entiers.

Un aspect évident et généralement accepté du terrorisme est qu’il se traduit par le recours ou la menace du recours à la violence, instaurant un climat d’incertitude. La revendication et la médiatisation accrue accompagnent cette violence terroriste. Une violence qui est cependant, pour des raisons multiples et parfois contradictoires, mise à part des autres types de violences plus “classiques” comme les révoltes, les révolutions ou les guérillas ou même les meurtres ou règlements de comptes…

C’est justement ces raisons qu’il faudrait expliciter. Les arguments pour une particularisation du terrorisme ne manquent pas et ne sont pas infondés. Cependant, les experts sur le sujet sont encore en train de discuter afin de savoir quelles seraient ses spécificités. On sait que le terrorisme et les terroristes sèment la terreur et la peur, poursuivent à priori un but, politique ou autre, et que si les cibles sont spécifiques et prédéfinies les victimes sont souvent aléatoirement touchées. Le terrorisme s’oppose donc, au-delà des idéologies et des buts proclamés, à un système d’ordre et de hiérarchie qu’ils considèrent comme injuste ou oppressant. De l’autre coté, on sait aussi que l’accusation de terroriste nous expose à des répercussions d’exception qui se transforme en standards que nous imposent nos régimes libéraux et démocratiques. Je ne cite aucun État ni gouvernement en particulier, car mon but ici n’est pas d’accuser, d’autant que nous sommes, quelque part, tous coupables.

Le terrorisme est donc ce phénomène menaçant qui peine à être combattu du fait de la manipulation politique et sociale qui en est faite. A l’heure actuelle, et au mépris de toutes notions historique, le terrorisme est amalgamé avec l’Islam ou du moins une forme radicale d’Islam. L’exemple toujours utilisé au point d’en devenir cliché mais qui reste pertinent, est celui des résistances européenne à l’occupation nazie, qui étaient considérées comme terroristes par le régime d’État et d’ordre Nazi. Et leurs arguments étaient loin d’être illégitimes. Les Nazis seraient sortit vainqueurs (ou du moins non perdants) de la Deuxième Mondiale, leur historiographie aurait gardé cette réalité là, et peut-être que notre conception du terrorisme serait, faussement encore une fois, corrélé à des maquis français ou polonais.

Les problématiques et questions abondent donc. Que faire du Hezbollah, qui posait des bombes dans des QG de soldats américains et français, mais qui combat aujourd’hui des groupes terroristes en partie financés par des occidentaux qui sont les premiers à dégainer l’adjectif ? Les terroristes sont ils tous du même coté ? Peuvent ils s’opposer les uns aux autres ? S’ils s’opposent, leur relation est-elle celle de terroristes à terroristes ou de groupes à groupes ? Les actions du Hezbollah et de bien d’autres groupes comme le Hamas, qui vient d’être rayé par l’Union Européenne de la liste des organisations terroristes de l’UE, dénotent l’ambivalence même qui marque le terme, car il s’appliquerait à une partie mais non à la totalité des actions et activités de ces organisations.

La situation est complexe et même alarmante ; au delà du “simple” danger pour notre sécurité que le terrorisme représente, il est difficile à contrer dans une situation où il est si clairement une arme qui peut être utilisée par des gouvernement prétendant pourtant lui opposer toute leur force. Une menace de plus pour toute société d’ordre et de justice, démocratique ou non.

Omar Tarabay

– The Typewriter French préparait cet article relatif au terrorisme depuis plusieurs jours. Nous avons décidé de le publier aujourd’hui, au vu des récents et tragique évènements dirigés a l’encontre du journal Charlie Hebdo. Toute l’équipe apporte son soutien à la publication et transmet ses condoléances aux familles et proches des victimes. Cette attaque est une atteinte profonde aux valeurs qui nous animent, à la liberté de la presse, aux idéaux républicains et à la France toute entière.

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