Sports : comment Liverpool peut-il tirer le meilleur de Mario Balotelli ?

Pourtant de retour de blessure, Mario Balotelli est resté sur le banc à l’occasion du match du “Boxing Day” contre Burnley, provoquant bien des spéculations sur son avenir à Anfield, et ce avant même l’ouverture du marché hivernal des transferts. L’attaquant énigmatique de Liverpool a été nommé dans l’équipe type de la journée de championnat après une absence d’une semaine pour cause de blessure à l’aine, contractée lors de l’humiliation subie face à Manchester United (défaite 3-0).

Compte tenu de ses problèmes physiques et de son état de forme, il s’agit sûrement de la dernière chance pour Balotelli de prouver sa valeur après des débuts catastrophiques dans l’antre d’Anfield. Balotelli attise la controverse en dehors du terrain, et exaspère sur le terrain avec des performances indignes et improductives.

Bien des choses ont déjà été dites au sujet de Balotelli depuis le début de sa (jeune) carrière. Certains le voient comme un prodige talentueux mais incompris. D’autres le considèrent comme un anti-conformiste excentrique et indiscipliné qui se voit actuellement offrir sa dernière chance dans un grand club européen. Ce sont les impressions que Balotelli a laissées dans tous les clubs dans lesquels il a joué, que ce soit en Italie ou en Angleterre.

Quoi qu’il en soit, “Super Mario” est désormais associé à la controverse et à l’inconstance, deux termes que l’on retient plus souvent au sujet de la courte carrière de Balotelli, plutôt que ses grandes qualités techniques et ses capacités à faire basculer un match à lui tout seul. L’ironie est alors la constance de son inconstance.

Néanmoins, une analyse détaillée de ses performances suggère que ses difficultés sur le terrain sont liées aux choix tactiques et à la philosophie de jeu de l’entraîneur. La plupart du temps, le manager de Liverpool, Brendan Rodgers, a placé Balotelli seul à la pointe de l’attaque. Cela s’explique aussi bien par les blessures incessantes de Daniel Sturridge, que par l’obstination de Rodgers à n’évoluer qu’avec une seule pointe.

Dans ce rôle d’avant-centre isolé, Balotelli n’a pas su apporter la puissance et le mouvement voulus par Rodgers, rendant l’attaque de Liverpool muette. C’est donc lorsqu’il a évolué avec un autre attaquant à ses côtés (Daniel Sturridge, Fabio Borini, ou l’autre recrue du dernier mercato estival Rickie Lambert), que Balotelli a livré ses meilleures performances.

Pour preuve : il a inscrit ses deux seuls buts alors qu’il était associé à un second attaquant. Balotelli n’est pas – et ne sera jamais – le prototype de l’attaquant pivot. C’est un joueur différent, un renard des surfaces qui a besoin d’être épaulé par un partenaire.

Mais les problèmes de Balotelli ne sont pas liés qu’à la formation mise en place par l’entraîneur. L’attaquant a manifestement du mal à s’intégrer dans le schéma tactique de Rodgers qui exige un pressing intense et rapide au service d’un football offensif. Lors de sa carrière milanaise (à l’Inter et au Milan AC), Balotelli s’était pourtant montré excellent dans cet exercice. Mais à Milan, il était entouré d’équipes bâties autour de lui.

Mario Balotelli n’a pas et n’aura jamais le même profil que Luis Suarez (brillant prédécesseur de Balotelli à Liverpool, NdT). Brendan Rodgers va alors devoir procéder à des changements s’il veut pouvoir tirer le maximum de son lunatique attaquant.

Les chiffres

Chiffres clés Un seul attaquant de pointe Deux attaquants
Titularisations 8 3
Buts 0 1
Passes décisives 0 0
Tirs/match 3.5 5
Tirs cadrés/match 1 1.7
Dribbles 0.8 1.3
Hors-jeu 1.8 0.3
Ballons joués 32 37.7
Occasions crées 0.8 1.3
Passes 18.9 21.3
Passes réussies 75.5% 73.4%
Note moyenne 6.42 7.37


Les chiffres montrent que Balotelli a livré ses meilleures performances lorsqu’il était associé à un autre attaquant. Dans cette situation, il frappe en effet plus souvent au but, cadre plus, et effectue plus de dribbles. Il touche également plus de ballons et apporte plus le danger sur le but adverse.

Ce n’est bien sûr pas surprenant, dans la mesure où un système à deux attaquants met davantage les défenseurs adverses à contribution. Balotelli a alors plus d’espace pour s’exprimer. Certes, il peine souvent à attirer les défenseurs pour ouvrir des espaces, mais il sait profiter de ceux créés par ses partenaires.

Deux pointes : Balotelli et Sturridge contre Tottenham

Balotelli a été aligné aux côtés de Sturridge dès son premier match de Premier League contre les Spurs de Tottenham, à White Hart Lane. Cette association n’a pu être vue qu’une seule fois avant la blessure de Sturridge, et cela montre bien qu’à Liverpool, on sait que Balotelli est meilleur dans cette configuration. Au final, l’équipe de Liverpool a livré la meilleure performance de sa saison – qui reste plutôt morne jusqu’ici – et aurait bien pu l’emporter par plus de trois buts d’écart.

La performance de Balotelli a été reconnue comme porteuse d’espoir pour les mois à venir quant à son association avec Sturridge. Ce dernier qui formait un formidable duo avec Luis Suarez lors de la saison précédente, dispose de bonnes capacités de déplacement et a un grand sens du positionnement par rapport à un autre attaquant. Sturridge a grandement déstabilisé la défense des Spurs, semant parfois la panique et permettant à son partenaire de faire beaucoup de dégâts. Après moins de deux minutes de jeu, Balotelli trouvait déjà un espace dans la surface de réparation pour placer une tête puissante, directement sur Hugo Lloris.

Balotelli - Photo 2

Mario Balotelli, tout près de son premier but après deux minutes de jeu à White Hart Lane.

Quelques minutes plus tard, l’italien manquait une nouvelle occasion sur un centre de Philippe Coutinho. A la demi-heure de jeu, Balotelli récupérait un ballon au milieu du terrain, transperçait la défense des Spurs, et adressait une talonnade  astucieuse à Sturridge qui manquait de très peu le cadre. Balotelli apportait également des occasions de buts à Raheem Sterling, permettant ainsi à Liverpool de contrôler parfaitement le match.

Une seule pointe : Balotelli contre Everton

Lors de la venue d’Everton à Anfield, dans le derby de la Mersey, Balotelli était titularisé seul à la pointe de l’attaque des Reds. L’avant-centre italien est resté inefficace et a semblé frustré. Errant à l’entrée de la surface de réparation dans l’attente d’ouvertures à exploiter, il n’a jamais semblé savoir quoi faire. Son jeu était devenu prévisible et ni lui, ni ses coéquipiers n’ont pu recréer les mouvements qui les avaient rendus si menaçants face à Ludogorets et Tottenham.

Balotelli - Photo 3

Balotelli manquant l’une des rares occasions de Liverpool face à Everton, en septembre.

Balotelli ayant été placé dans une position différente pour apporter plus de largeur et de profondeur au jeu des Reds, il incombait alors au milieu de terrain d’apporter du mouvement et de la créativité autour de l’italien. Après le match, Balotelli déclarait : « Si je pouvais choisir, je jouerais toujours avec deux attaquants. C’est le jeu que je préfère, mais Brendan m’a demandé d’évoluer seul devant ». L’ancien avant centre de Liverpool, John Aldridge a eu la même réflexion : « Balotelli a du mal lorsqu’il est seul attaquant… Il se révèle vraiment avec un partenaire à ses côtés. Je pense que c’est l’option qu’ils devraient choisir à partir de maintenant ».

Malgré la grande force physique et les qualités techniques qui sont celles de Mario Balotelli, il semble incapable de jouer comme un « numéro 9 » traditionnel. Par opposition, Rickie Lambert, qui présente pourtant les mêmes caractéristiques, sait comment endosser ce rôle. Il est intéressant de constater que Lambert est également capable de briller dans une configuration à deux attaquants. La meilleure preuve est le match disputé à Anfield face à Hull, dans lequel les deux menaient l’attaque de Liverpool : l’italien a bénéficié d’espaces et a pu être plus impliqué dans le jeu.

L’ancien défenseur des Reds Jamie Carragher, a livré son analyse de cette association après le match (vidéo en anglais).

Au final, force est de constater que Balotellli n’est pas un joueur capable de tenir le ballon comme un attaquant pivot, ou un joueur capable de grandes chevauchés pour mener des contre-attaques. Son style de jeu est basé sur des prises de balle en profondeur et des décrochages qui lui offrent des opportunités de frappes lointaines ou de jeu en pivot avec le second attaquant. Il est aussi capable d’exploiter intelligemment les espaces créés par ses coéquipiers par de grandes qualités de finisseur. Ce sont ces qualités qui lui ont permis de marquer des buts tels que celui qu’il avait signé face à Bologne avec le Milan AC.

La tactique de Brendan Rodgers

En lui demandant de s’adapter immédiatement à une tactique basée sur un pressing haut et rapide auquel Balotelli n’est ni habitué ni taillé pour, Brendan Rodgers se rend également responsable des difficultés rencontrées par l’italien. Il n’y a que deux entraîneurs qui ont su exploiter les capacités de Balotelli : Massimo Allegri, avec le Milan AC, et Cesare Prandelli, avec l’équipe nationale italienne. Et ils y sont parvenus en construisant leur équipe autour et en fonction du style de jeu de l’avant-centre.

Ils ont tout les deux utilisé Balotelli comme rampe de lancement des offensives en les faisant toutes passer par lui, si bien qu’il était une menace constante pour l’adversaire, parvenant à inscrire 28 buts en 43 matchs pour le Milan AC sous les ordres d’Allegri. C’est une expérience dont Brendan Rodgers ferait bien de s’inspirer pour faire face à la piteuse forme de Balotelli, symbole des difficultés rencontrées par Liverpool. Tant Rodgers que Balotelli ont à y gagner.

Balotelli - photo 4

Balotelli et Suarez : deux joueurs controversés aux styles de jeu opposés

Conclusion

En définitive, Liverpool se trouve face à un dilemme crucial : soit Balotelli doit s’adapter au système de Rodgers (un style de jeu inadapté à ses capacités et qu’il ne maîtrise pas), soit Rodgers doit changer de philosophie (chose dont il semble incapable) et accepter de faire fonctionner son équipe en fonction de son attaquant acheté 16 millions de Livres.

Il semblerait alors plus simple de passer à un système à deux attaquants de pointe, et d’apporter quelques légers changements à l’organisation du pressing haut et du jeu de passes rapide demandé par l’entraîneur. Mais Rodgers semble hésitant face à cette possibilité. Et même si Rickie Lambert et Fabio Borini ont montré ponctuellement des choses intéressantes cette saison, aucun des deux ne peut endosser le rôle d’attaquant de classe mondiale dont Rodgers a besoin pour compenser la perte de Sturridge (blessure, NdT) et de Suarez (départ, NdT), ou pour jouer aux côtés de Balotelli.

Balotelli n’a que 24 ans, mais il est professionnel depuis déjà plus de cinq ans. Il a accumulé de l’expérience, il a du talent, et il est surtout encore jeune. Si Liverpool parvient à exploiter son potentiel, il y a fort à parier que le vent pourrait tourner lors de la deuxième partie de saison, lors de laquelle les Reds montrent toujours un meilleur visage qu’en première partie.

Mais cela passera nécessairement à la fois par une volonté de Balotelli de travailler plus dur et d’adapter son style de jeu, et par le fait pour Brendan Rodgers d’accepter de changer son approche tactique pour ne pas que les millions dépenser dans l’acquisition de l’avant centre italien se révèlent être un gâchis. Dans le cas contraire, l’expérience Balotelli pourrait couper court et prendre fin dès le mois de janvier, période du mercato hivernal, et ne devenir qu’un mauvais souvenir à 16 millions de Livres.


Article de Samuel Lee, traduit par Vincent Escoffier

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