Élections en Grèce 2015 : Syriza victorieux tandis que l’Europe se prépare au changement

Comme attendu, le parti radical de gauche anti-austérité de Syriza a remporté les élections nationales grecques. Syriza a obtenu environ 36 % des voix, lui assurant presque une majorité, mais ce résultat devrait à tout le moins lui permettre de constituer une coalition, sinon de pouvoir gouverner comme il l’entend. Un gouvernement majoritaire est une nouveauté dans la politique grecque, et avec au moins 149 sièges (et  peut-être même 151) au Parlement qui en compte 300, Syriza a quasiment, désormais, l’autorité nécessaire pour mettre en œuvre sa politique radicale.

Le parti évincé, Nouvelle Démocratie – anciennement partenaire de la majorité dans une coalition centre-droite – est arrivé second avec 28 % des votes, tandis que 3 autres partis, notamment Aube Dorée d’extrême droite et le récemment créé Potami, obtiennent un partage égal des voix et se positionnent troisièmes ex-aequo. Le Parti Communiste a amélioré ses résultats de 2012, augmentant sa part de vote tout comme l’avaient fait leurs homologues japonais en décembre 2014.

Les Grecs Indépendants avaient la possibilité d’accéder au Parlement mais le partenaire minoritaire de l’ancienne coalition n’a finalement pas réussi, reprochant au précédent Premier Ministre Giorgos Papandreou leur piètre performance, ayant obtenu la sixième place. Un autre membre de l’ancienne coalition Dimokratiki Aristera n’a pas pu non plus entrer au Parlement. Les résultats finaux se sont révélés dans l’ensemble tels que prévus, quoique légèrement différents des sondages, Syriza l’emportant avec un plus faible pourcentage et Nouvelle Démocratie obtenant plus de voix que prévu par les estimations.

Le Premier Ministre sortant, Antonis Samaras, a reconnu en avance sa défaite durant le comptage des votes, tandis que le chef de file Syriza et le Premier Ministre élu Alexis Tsipras ont évoqué durant leur discours de victoire une nouvelle ère pour la Grèce et l’Europe.  Tsipras a fait campagne sur un nouveau modèle économique annonçant une fin d’austérité pour la Grèce, en argumentant que les dispositions actuelles n’étaient pas viables et que la dette nationale grecque devait être remboursée uniquement via les excédents budgétaires de la nation.

Syriza a également promis d’âpres négociations avec l’UE, la BCE et le FMI concernant leur politique anti-austérité, afin de démontrer l’intérêt de poursuivre dans ce sens, les 5 années d’austérité n’ayant pas amélioré les finances du pays ni le niveau de vie. Syriza a milité avec vigueur dans l’expectative que, si l’EU accepte leurs propositions, les conditions en Grèce s’amélioreront et ouvriront la voie à des changements similaires en Espagne et en Italie.

La réalisation concrète de ces attentes fait débat. L’UE maintient une ligne de conduite stricte quant à la responsabilité financière post-GFC, et tandis que Syriza possède un large soutien grâce à sa politique économique intérieure, leur pouvoir de négociation au sein de l’Europe reste quasi inexistant. De plus, les problèmes sociaux et financiers de la Grèce demeurent profonds et existent depuis des années, et il est difficile de savoir si « l’espoir » et l’optimisme de la campagne de Syriza supprimeront effectivement ces problèmes structurels enracinés dans l’économie grecque.

Une question encore plus grande se pose, sur ce qui arriverait si l’UE et la BCE rejetaient ou ignoraient les propositions de Syriza. Dans ce scénario, Syriza devra certainement revoir ses nombreuses promesses électorales et involontairement revenir aux mesures d’austérité contre lesquelles il a fait campagne. L’alternative serait de poursuivre en force et de mettre en œuvre leur politique dans une démonstration de défiance envers Bruxelles – ce qui provoquerait sans aucun doute un chaos sur les marchés mondiaux et apporterait au final de grandes souffrances à la Grèce (probablement suite à une expulsion de la zone Euro).

Ces questions – et le résultat actuel – auront des conséquences tout au long de l’année 2015, et des implications évidentes dans les autres élections de la zone Euro lors des 12 à 18 prochains mois. En Grèce, cependant, beaucoup ont l’impression d’avoir tourné une page avec l’élection de Syriza. Une grande majorité – en termes de vote primaire et de sièges parlementaires – a montré une volonté de changement suite aux cinq années d’austérité et de souffrance sociale. Reste à voir si ce changement aura lieu.


Auteur : Katerina Hnitidou

Traduction : Jessy Poirié

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