Education globale à la santé : les trois grands défis

 

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Au cours des derniers mois, la communauté des professionnels de la santé s’est réunie autour d’ateliers de stages pratiques sur le thème de la santé globale. Ces stages font partie de la formation d’un étudiant en médecine. Ils sont en effet intégrés directement aux programmes de Master et portent sur des sujets précis. Le but est de donner aux étudiants une expérience à l’international préalable à leur entrée dans le monde réel. Ces postes sont le plus souvent ouverts aux étudiants en Master en santé publique.

 

La pratique du stage a beau être reconnue comme la meilleure des méthodes pour permettre aux étudiants d’appliquer concrètement les théories qu’ils ont apprises, elle suscite également des interrogations quant à leur véritable efficacité à former les personnels médicaux de demain, et par conséquent sur la qualité des futurs services de santé publique. Aujourd’hui, les étudiants qui aspirent à devenir des professionnels de la santé doivent faire face à trois problèmes.

 

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Des étudiants stagiaires de l’université Vanderbilt (Tennessee) travaillant sur la recherche de thérapies antirétrovirales, en Zambie

 

Un accord sur les termes du stage

 

Lors de leurs stages, les étudiants sont exposés à de nouvelles cultures et parfois à des maladies et virus exotiques auxquels ils ne sont pas forcément habitués. Mais l’expérience pratique du stage est bien inutile si elle ne répond pas à la fois aux besoins des étudiants, et aux besoins des pays qui les accueillent. De ce fait, il est primordial de définir en amont les besoins et les attentes de chaque partie dans la réalisation du stage.

 

Le manque de concertation préalable fait naître des problèmes. De petites incompréhensions peuvent mener à ce que des erreurs plus ou moins importantes soient commises sur le terrain (un badge de médecin donné à un stagiaire, ou de mauvais diagnostiques dus à une surcharge de travail des stagiaires). Ces problèmes sont fréquents mais ils pourraient facilement être évités si les stagiaires étaient mieux préparés à faire face à leur nouvel environnement, et si des règles étaient mise en place pour prévenir les abus des tuteurs.

 

Le but ultime doit être d’éviter des situation dans lesquelles des étudiants de pays riches sont envoyés dans des pays du tiers-monde et y sont exploités au titre de leur obligation d’engranger de l’expérience. A ce titre, une régulation mondiale des stages pourrait garantir l’équité entre les bénéfices retirés par les étudiants et leurs structures d’accueil. Sans cette équité, recourir au stage n’a plus aucun intérêt, ni pour les uns, ni pour les autres.

 

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Il est nécessaire de bien former les personnels afin d’améliorer les systèmes de santé des pays du tiers-monde

 

Une garantie de résultats

 

La plupart du temps, et dans la mesure où ils ont pour but de permettre au étudiants de mettre en pratiques leurs nouvelles connaissance acquises en cours, les stages sont effectués à la fin d’un programme académique. Mais il est nécessaire d’établir clairement ce que l’on peut attendre de ces stages. Quelles doivent être nos attentes ? Les stagiaires sont-ils là pour gagner de l’expérience ou pour changer le monde ?

 

Par ailleurs, comment la communauté des professionnels de la santé peut-elle garantir la réussite d’un stage et trouver le juste équilibre entre les intérêts du stagiaire et de la structure qui l’accueille ? Comment éviter les situations aussi absurdes que celle de voir des étudiants forcés d’endurer des formations techniques très lourdes (et qui ne profitent à aucune des parties) en échange du droit d’ouvrir leur propre clinique ? Le problème est plus qu’épineux, et force est de constater que nous ne disposons aujourd’hui que de trop peu d’éléments de réponse.

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De nombreux stages sont organisés en Afrique, sur des projets tels que des maladies infectieuses au Liberia, ou l’assainissement de l’eau au Kenya. Ici, une stagiaire de l’université de Boston à la frontière Kenya – Tanzanie.

 

Un meilleur suivi

 

Un contrôle perpétuel est nécessaire pour s’assurer de la rentabilité du stage et de la bonne évolution du stagiaire. Ces programmes ne sont pas uniquement des portes d’entrée sur le monde du travail. Ils doivent également être vus comme une opportunité d’échanger avec les professionnels de la santé, dans le but de mutualiser les connaissances entre enseignants et professionnels.

 

Les commentaires des étudiants, les rapports des tuteurs, et toutes sortes de points de vue doivent être régulièrement échangés pour s’assurer de la bonne préparation des stages en amont (buts, attentes), de leur bon déroulement, et d’une issue positive (expériences et résultats tangibles). Les avis ainsi réunis peuvent alors servir à améliorer les programmes pour les promotions suivantes. Il faut tendre vers une maximisation de la « justice globale » dans l’envoi d’étudiants en stage, tout en s’adaptant continuellement aux nouvelles priorités qui émergent en matière de santé.

 

Le fait d’avoir identifié ces trois défis (préparation, garantie de résultats, et suivi) auxquels doivent faire face les organisateurs de programmes de stages dans le domaine de la santé permet surtout de mettre en lumière les domaines dans lesquels se trouvent les opportunités d’apprentissage et d’évolution qui s’offrent à la communauté médicale. Bon nombre de réponses se trouvent dans la façon dont ces problèmes seront traités.

 

Les changements engendrés ne profiteront pas qu’aux acteurs de la santé publique mondiale, mais se feront également ressentir dans le domaine de l’éducation, par exemple, dans la mesure où les enseignements tirés pourront être adaptés à d’autres professions. En effet, le but du stage doit être de former les futurs travailleurs et de contenter les tuteurs par la production des résultats tangibles, tout en favorisant une entente et une compréhension entre les cultures – ceci étant la base de l’éducation.

 

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Des étudiants de l’université de Caroline du sud (USC) lors de leur stage au Panama


Article de Joyce Lee, traduit par Vincent Escoffier

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