Charlie Hebdo au Parlement européen, la perpétuelle controverse

Dans leurs façons de traiter l’information en lien avec les événements survenus dans les locaux de Charlie Hebdo, mes amis et collègues rédacteurs du Typewriter ont – comme toujours – été particulièrement attentifs à la nécessité d’approfondir leurs recherches et de mesurer leurs propos. En ce qui me concerne, je m’attacherai d’avantage aux conséquences que cette tragédie aura en Europe, plutôt que sur un récapitulatif des faits eux-mêmes.

 

Il est extrêmement rare de voir le Parlement européen uni. Et lorsqu’en introduction de la session plénière du mois de janvier, le Président de l’Assemblée a lu les noms des 17 personnes assassinées, nombreux étaient les eurodéputés à porter des pancartes « Je suis Charlie ».

 

Mais l’unité a bien vite fait place à la controverse. Nigel Farage, le leader du parti anti-immigration et anti-communautaire britannique, a déclaré que la politique européenne d’immigration de masse et l’échec du multiculturalisme avaient mené à la création d’une « Cinquième Colonne » composée d’individus détenteurs d’un passeport européen mais qui méprisent l’Union.

 

L’un des alliés politiques de Nigel Farage a même montré une pancarte sur laquelle était écrit « Je ne suis pas Charlie, et je suis pour la peine de mort », et ce alors que Marine Le Pen, présidente du parti d’extrême droite français « Front National », accusait à la fois l’Union européenne et les dirigeants politiques des pays membres de céder systématiquement aux caprices des islamistes. Par ailleurs, Madame Le Pen a également tenu à rappeler qu’elle n’avait pas été invitée à participer à la marche de ralliement organisée à Paris.

 

Parlement Charlie - Photo 2

Les eurodéputés britanniques sont vite montés au créneau pour condamner l’intervention de Monsieur Farage, en l’accusant de vouloir attirer l’attention sur lui. Le Premier ministre français, Manuel Valls, a précisé que selon lui, l’ennemi n’était pas l’Islam mais les terroristes. Que ce soit les politiques, les médias, ou les citoyens, tous ont rapidement compris l’importance de condamner les atrocités des attentats, et de préciser que les terroristes étaient plus animés par l’appât du gain politique que par la foi. Plus de cinquante chefs d’Etats ou de gouvernements se sont réunis à Paris. Certaines ONG n’ont pas manqué de remarquer que certains d’entre eux représentaient des pays dans lesquels le respect des libertés de la presse n’est pas une gloire nationale.

 

Parlement Charlie - Photo 1

Une fois ces ignobles événements passés, il me semble nécessaire d’entrer dans une logique de long terme concernant les retombées. Désormais, et contrairement aux attentats de Londres ou de Madrid, l’extrémisme islamiste à l’origine des attentats vient de l’intérieur de l’Etat touché, ce qui donne aux terroristes un potentiel de puissance bien plus important. Il est fort probable que les victimes demanderont à ce que justice leur soit faite, et que les extrémistes tenteront d’influer pour que les droits des étrangers, voire des nationaux, soient réduits. Les services secrets feront l’objet de pressions pour accroître leur espionnage de nos vies privées et pour amasser le plus d’informations personnelles possible. En cela, nous voyons déjà des conséquences dans la façon dont les gouvernements traitent leurs nationaux de retour du jihad en Irak ou en Syrie.

 

L’urgence de la situation pourrait faire émerger une tendance à s’en prendre à « l’autre », à fermer nos frontières, restreindre les libertés individuelles, et à dessiner une caricature grotesque de l’Islam et des musulmans. Si nous voulons pouvoir légitimement nous dire solidaires de ceux qui sont tombés, il est indispensable de résister à ces tentations.

 

Phelim Usher-Purves, traduit par Vincent Escoffier

 

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