Opinion : le débat rudimentaire sur la fracturation et le pétrole

L’industriel américain J. Paul Getty a une idée simple de ce qui fait le succès : « se lever tôt, travailler dur, trouver du pétrole ». C’est cette dernière recommandation de Getty qui, jusque tout récemment, était difficile à réaliser en Amérique.

Depuis l’après Seconde guerre mondiale, les Etats-Unis se sont reposés sur l’importation de pétrole, quand dans le même temps la production nationale d’ « or noir » baissait régulièrement depuis les années 70, apparemment laissé abandonné à jamais aux dunes et aux mains des Cheiks d’Arabie ou des grandes sociétés dans les puits déchirés par les conflits du Moyen Orient.

Des avancées récentes en matière de technologie ont cependant inauguré une nouvelle ère pour la production de pétrole américain. La fracturation hydraulique, aussi appelée « fracturation » consiste à pomper une mixtion d’eau chimique à haute pression dans des puits forés, provoquant des fissures qui libère du pétrole et du gaz naturel jusqu’alors inatteignable. Bien que dangereux pour l’environnement et insoutenable sur le long terme, la « révolution » des fracturations a pris de court l’industrie énergétique.

L’agence Internationale de l’Energie a prédit que dans les deux années qui viennent, les Etats-Unis vont dépasser à la fois la Russie et l’Arabie Saoudite, devenant ainsi les leaders mondiaux des producteurs de pétrole. Ajouté à l’instabilité des revenus de l’OPEC due à une Libye instable et le bourbier de l’Iraq, un tel changement arrive à un moment de changement historique dans le secteur de l’énergie.

Alors que l’Amérique profite de son ascension nostalgique en tant que producteur de pétrole, un débat national aux répercussions dramatiques sur les marchés nationaux et mondiaux – l’Oncle Sam va-t-il commencer à exporter son nouvel or liquide ? La question souligne une bataille qui fait rage au Département du Commerce depuis les années 70.

Après l’embargo de 1973 visant l’OPEC, le Congrès a pris plusieurs mesures dans l’espoir de préserver les réserves nationales de pétrole américaine alors décroissante. Une de ces mesures a été de rendre illégal l’export de pétrole brut produit aux Etats-Unis. Les raisons d’une telle loi ont peut-être été nobles, il n’empêche que des objectifs si utopistes ont été futiles dans une nation en forte expansion économique, à la consommation exponentielle, qui s’est de plus en plus reposée sur le pétrole étranger pour maintenir son réseau d’énergie à flot.

Néanmoins, l’ironie du sort a voulu qu’aujourd’hui les Etats-Unis se retrouvent au sommet de la chaîne alimentaire de l’énergie, prête à bénéficier de ses filets en sous-sol dans le Dakota du Nord, au Texas et à travers les Appalaches. Le seul problème est l’interdiction d’export qui reste en vigueur, empêchant les producteurs américains de vendre leur pétrole brut léger à l’international.

Le débat sur l’interdiction a officiellement démarré le mardi 7 janvier, quand la sénatrice républicaine Lisa Murkowski a pris la parole au Sénat et prononcé un discours prônant la levée de l’interdiction. Ses défenseurs, y compris Lisa Murkowski, énoncent les différents effets bénéfiques d’une telle levée d’interdiction. Parmi les raisons évoquées, une baisse des prix du pétrole pour les consommateurs américains, une augmentation de la production des compagnies américaines exportatrices (alors que le monde en développement se modernise, la demande globale de pétrole continue d’augmenter), et un coup de pouce productif pour ce qui a auparavant été une mauvaise performance économique ces dernières années.

Les défenseurs de l’interdiction d’exporter clament que la possibilité d’exporter du pétrole menacera la sécurité énergétique américaine dans le futur, au lieu de prendre l’opportunité inespérée de réduire la dépendance américaine quant au pétrole étranger. L’issue de ce débat n’a pas seulement un impact national, mais porte de potentielles répercussion à l’échelle mondiale. Si l’interdiction était supprimée, les Etats-Unis et leur nouveau surplus de pétrole seront ouverts aux marchés internationaux, rendant le pétrole brut léger américain accessible partout dans le monde. Les rudiments de macroéconomie nous enseignent qu’une augmentation des réserves sera suivie d’une réduction des prix. Lever l’interdiction d’exportation de pétrole américain entraînerait certainement une baisse brusque et globale des prix du pétrole brut.

Dans le même temps, le dernier barrage qui empêche les réserves mondiales de pétrole de se retrouver face à l’équivalent d’une deuxième Arabie Saoudite, et conséquemment d’avoir de l’essence moins cher à la pompe, est une loi obsolète, vieille de quarante ans, sur l’exportation à Washington, D.C.. Je vous dirais bien « d’écrire à votre député », mais vous devriez probablement vous adresser au mien à la place.

L’Amérique a puisé dans l’un des plus importants gisements de pétrole de schiste jamais découvert par les hommes, mais semble être assez réticente à partager cette richesse avec ses frères consommateurs de pétrole.

Il est intéressant de constater que le pays à l’origine du capitalisme de marché, et qui propage des politiques néolibérales dans le monde entier, est prêt à débattre de l’institution bénéfique d’un libre marché et de politiques néolibérales au niveau national, qui n’aiderait ainsi pas que les américains mais également les autres 6.7 milliards sur la planète. Mais j’imagine que ceci n’est pas si rare dans mon pays natal.

Ce n’est qu’un mardi comme les autres.

 

 

Traduction par : Victoria Dussardier

 

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