Une réelle paix au Guatemala ? Loin de là.

Les accords de paix et la démocratie promettaient un tout nouveau monde pour le Guatemala. Liberté, emploi, justice et paix étaient devenus les leitmotivs de tous les discours politiques. Malheureusement, ces promesses furent rompues par la pauvreté, l’analphabétisme, la violence et le taux dramatiquement croissant du chômage. Néanmoins, le plus inquiétant reste l’augmentation du nombre de conflits sociaux.

Un rapport de l’UNESCO a révélé que le Guatemala a actuellement 16 conflits sociaux non résolus. Ces conflits présentent des situations complexes impliquant des industries comme le domaine minier, l’hydroélectrique, le régime foncier, les droits de l’Homme, les intérêts des entreprises et le rôle des mouvements sociaux.

Tenter de résoudre les conflits sociaux ?

Il serait logique dans un régime démocratique de considérer que la richesse collective est prioritaire sur la richesse individuelle. Cependant, ce raisonnement n’est pas toujours appliqué au Guatemala. En d’autres mots, l’Etat du Guatemala a utilisé des moyens extrêmes pour réprimer les citoyens se positionnant contre les industries minière et hydroélectrique.

Dans le conflit minier de « San Rafael Las Flores » qui s’est déroulé entre avril et mai 2013, le gouvernement a fait preuve d’une grande violence et de déploiements militaires afin de contrôler et de minimiser les protestations pacifiques.

Ont été déployés plus de 500 policiers et 350 soldats face à une communauté de moins de 2500 personnes. Au final, un chef communal fut assassiné, 16 individus furent emprisonnés – sans aucun motif particulier – et des menaces de morts permanentes ont pesé sur plusieurs chefs de villages tentant de fuir. Un « état de siège » fut déclaré sous le prétexte du gouvernement d’une lutte contre les cartels de drogue dans cette zone.

L’État avait agi de façon similaire durant le conflit de « Santa Cruz Barillas » en mai 2012. Les enquêtes communautaires sur la centrale hydroélectrique fonctionnant de nouveau dans leur région avaient mené à une déclaration d’état de siège, se terminant par le meurtre d’un chef, deux autres blessés et l’emprisonnement de 12 citoyens sans aucune charge contre eux. La Commission des Droits de l’Homme aux Nations Unies avait demandé la protection pour les membres de la communauté.

Barillas4

Le président Otto Perez Molina parle aux troupes de Santa Cruz Barillas au moment de la loi martiale.

Les conflits sociaux de San Rafael Las Flores et de Santa Cruz Barillas ne sont pas les seules exceptions à la règle. Les deux démontrent le mode de comportement de l’État dans la gestion de conflits. L’Etat du Guatemala ne protège pas les droits de l’Homme ou la richesse collective. Je n’exagère pas, le gouvernement, pour beaucoup d’entre nous, se concentre seulement sur les intérêts des entreprises.

Dans certains cas, l’État autorise les industries à utiliser la force et la violence contre les civils qui s’opposent aux activités de ces mêmes compagnies. Par exemple, durant le conflit de San Rafael Las Flores, un chef communal fut tué par la société privée de sécurité d’une entreprise, et il n’y a eu à ce jour aucun progrès dans l’enquête. Les citoyens ont dû accepter contre leur gré qu’il s’agirait encore d’un autre meurtre gracié par la justice.

Les conflits sociaux prouvent que les accords de paix guatémaltèques n’étaient finalement que quelques milliers de mots oubliés dans un tiroir bureaucratique. Ces accords de paix n’étaient pas suffisants pour construire un État qui défendrait lesdroits du peuple. Pire encore, la dernière tendance observée dans ces conflits sociaux à remilitariser un Guatemala victime d’une promesse oubliée de démocratie.

460x

Ce que vous pouvez voir lors d’une journée normale au Guatemala : les militaires équipés d’armes lourdes surveillant des citoyens n’ayant aucun moyen d’attaquer qui que ce soit, mais je devine qu’ils sont là pour protéger les terres et non la population.

Pour plus d’informations :

L’auteur (originaire du Guatemala) souhaite rester anonyme pour sa sécurité qui pourrait mise en péril suite à la publication de cet article, mais nous pouvons attester qu’il s’agit d’un élément d’opinion écrit de par son expérience personnelle et d’un point de vue local, et nous respectons son souhait de demeurer anonyme.

Traduction : Jessy Poirié

Publicités