Race et racisme en Amérique – Point de vue d’une blanche

Pour paraphraser Howard Beale dans Network, je n’en peux plus de l’utilisation abusive de l’étiquette raciste et je n’en veux plus. Je suis fatiguée de ces affaires criminelles et verdicts douteux qui engrangent la violence et la haine entre groupes ethniques. De plus, je suis frustrée de notre indécision à avoir un débat national sur la race, et de notre incapacité à discuter de comment changer les choses.

Je suis frustrée car j’aime la diversité, et je pense que l’Amérique l’aborde d’une très mauvaise manière.

Je suis une femme blanche, de la classe moyenne. Je vis en Idaho. Un lieu qui fut autrefois la demeure de la suprématie blanche et où il n’y a, sans surprise, que peu de diversité. Je ne peux même pas imaginer ce que c’est que d’essayer de grandir et de vivre en tant que membre d’une minorité ethnique en Amérique. De plus, je suis une fille blanche qui refuse d’être cataloguée comme raciste, mais qui est totalement terrifiée de parler de minorités par peur de les offenser.

Cela peut paraître étrange, mais en toute honnêteté je suis effrayée par le politiquement correct et la possibilité pour mes mots et croyances d’être considérés comme offensants, simplement parce que ma culture, mon environnement et mes sources d’information dépeignent la diversité ethnique de manière inappropriée et déforment le débat national sur la race.

Prenez l’industrie de la télévision et du cinéma. Je n’arrive même plus à me souvenir de la dernière fois où j’ai vu une vraie diversité ethnique à l’écran, avec des personnages appartenant à (et dépeints par) un groupe ethnique sur la base du mérite plutôt que du scénario. Ce n’est pas un secret que la plupart des blockbusters continuent de préférer des protagonistes blancs avec des personnages secondaires symboliques au patrimoine plus métissé – même dans des endroits de tournage particuliers et exotiques.

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Cela aboutit souvent à des portraits grotesques, créés par des gens majoritairement blancs issus de différentes nations et origines ethniques, et si l’on combine cela au fait que les Américains regardent la télé environ cinq heures par jour (et vont en plus régulièrement au cinéma), cela devient un sérieux problème. Il est stupide de penser que la surexposition de ces images et les messages implicites qui en découlent n’influeront pas sur votre personnalité et vos croyances les plus profondes.

Les universités et institutions tertiaires, vous vous en doutez, sont censées adhérer et faciliter une meilleure valorisation de la diversité. Mais en réalité elles facilitent surtout la ségrégation et les stéréotypes raciaux propagés par nos pairs, notre culture et nos médias. Il s’agit d’une vision tout à fait commune qui a été dépeinte avec précision dans plusieurs films d’Hollywood.

Les gens sont fondamentalement regroupés par race. Il est dans la nature humaine de vouloir s’associer et se rassembler avec des personnes de culture ou d’opinion similaires, mais cela devient un problème lorsque les associations étudiantes et les fraternités font leur sélection ouvertement sur la base de la couleur de peau plutôt que sur des centres d’intérêts communs. Cela imprègne également la politique du campus, où le succès des élections est totalement  lié aux groupes et fraternités etn’a rien à avoir avec des projets ou idées réelles.

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À un niveau plus large, il existe aussi une fixation malsaine sur des races en particulier dans les médias et la société. Le World Factbook de la CIA a démontré que, rien que le territoire des États-Unis, les Hispaniques représentent la plus grande minorité ethnique (15%), suivis par les Afro-américains (13%) et les Asiatiques (5%). De ces trois groupes, la plus grande attention est portée sur les Afro-américains. En effet, les autres minorités ethniques sont presque totalement ignorées quand les médias décident de faire un reportage sur les races.

Cela ne peut pas être attribué à la présidence Obama, car cette disparité existait avant son élection en 2008. Cela pourrait être les conséquences de l’Histoire avec l’esclavage, ou des tensions raciales ultérieures qui ont suivi tout au long du dernier demi-siècle. Mais prendre en compte uniquement les Afro-américains lorsqu’on parle de race c’est oublier le fait que les Chinois furent également horriblement traités à leur arrivée, ou que les Japonais furent enfermés dans des camps durant la Seconde Guerre mondiale.

C’est également oublier que les Hispaniques sont le groupe croissant le plus rapidement en Amérique, et que les Américains natifs se sont fait voler toutes leurs terres. Il incombe donc aux médias et à la société de prêter attention à ces groupes ethniques au lieu de considérer la race à travers le prisme historique des Blancs contre les Afro-américains, avec le message implicite que seule une minorité est la cible des stéréotypes raciaux.

Cela ne veut pas dire que les problèmes qu’ont à affronter les Afro-américains sont mineurs ou inexistants. L’exclusion rencontrée par les Afro-américains en Amérique est telle que la même idée revient souvent – à savoir qu’ils ont plus en commun avec les gens du continent africain en termes de culture et de mode de vie. Mais il ne s’agit pas d’un sentiment unique à un seul groupe ethnique, ni d’une réaction éphémère à certains événements locaux.

De prime abord il paraît logique d’associer les choses de cette manière, mais avec une réflexion plus poussée l’imbrication des choses devient claire. L’Amérique est responsable du fait que les grandes minorités penseraient avoir plus en commun avec la patrie de leurs ancêtres qu’avec des gens élevés dans le même pays. Cela explique peut-être pourquoi ce commentaire de Raven-Symone « Je ne suis pas Afro-américain. Je suis Américain. » est tellement rafraîchissant.

Nos problèmes avec la race et l’exclusion raciale sont particulièrement exaspérants, j’aimerais tant pour nous tous que nous formions un seul et même peuple. Je ne veux pas d’une société qui juge et pose des questions sur la couleur de peau ou la culture d’origine de ceux que nous choisissons d’épouser. Je ne veux pas d’une société qui exclue activement et facilite implicitement la ségrégation de ceux qui n’appartiennent pas à la majorité blanche dominante.

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Je ne veux pas avoir peur d’avoir une conversation avec quelqu’un de différent de moi, simplement parce que les divisions sociales et les tensions raciales omniprésentes m’empêchent d’apprendre des autres cultures, ni d’être en contact avec des minorités sans appréhender d’exacerber ces tensions ou de causer des offenses. Je veux en apprendre plus sur l’expérience du racisme, et aborder les questions de la race, du racisme et de l’inclusion.

Plus que ça, je veux simplement vivre dans un monde où les gens verraient la couleur et l’étreindraient, au lieu de renforcer les stéréotypes activement en situation sociale et indirectement à travers les descriptions des médias. La race ne devrait pas être un sujet de division, mais acceptée comme la porte d’accès à l’humanité, et le point de départ d’un nouveau débat national sur comment contrer le racisme et comment promouvoir une meilleure diversité ethnique.

Auteur : Chantel Kay Wilkes

Traduction : Jessy Poirié

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