Discours sur l’état de la Nation : Jacob Zuma s’adresse à la … Nation ?

Lumières ! Caméras ! Action ! Dans son émission, Crazy Normal, le célèbre comédien Sud-Africain Trevor Noah déclara que sa profession était mise en danger par les politiciens. Il plaisanta arguant que ses fans l’abandonneraient bientôt pour suivre les célèbres fonctionnaires du gouvernement. Il a peut-être sous-estimé sa popularité, mais le 12 Février 2015, les Sud-Africains étaient bien collés devant leur écran avec du popcorn, du vin et Twitter à portée de main pour regarder cette farce qu’était le Discours sur l’état de la Nation par le Président Jacob Zuma.

Acte 1

Le Discours sur l’état de la Nation est l’oscar du monde politique en Afrique du Sud et les dignitaires arrivèrent avec leur plus beaux atours. Cependant l’attention est rapidement passée de leur entrée, semblable à une fanfare et un cortège militaire, à l’absence de signal à l’intérieur du Parlement. Le Discours sur l’état de la Nation concerne tous les Sud-Africains et les médias jouent un rôle crucial en accordant l’accès public aux procédures parlementaires – un rôle qui a été entravé par un appareil qui obstruait le signal.

Par chance, le sérieux problème de signal a été résolu assez facilement avec l’aide des médias et des Membres du Parlement. Ces membres ont montré leur soutien dans un rare front unifié en scandant « Rétablissez le signal » avant que les procédures commencent. Le leader parlementaire de l’Alliance Démocratique (DA), Mmusi Maimane, n’a également pas perdu de temps à orienter l’attention du Président de l’Assemblée Nationale, Baleka Mebete, vers cette obstruction lorsque la session parlementaire commença. Il souligna l’inconstitutionnalité de l’obstruction à l’accès des médias et déclara que le Discours sur l’état de la Nation “ne [pourrait]” continuer avant que le problème ne soit résolu. De fait, l’activité a été temporairement suspendue.

Il semblerait que le secrétaire du Parlement était au courant de cette décision de bloquer le signal, mais une enquête plus poussée est en cours pour identifier le coupable.

Acte 2

(Les difficultés techniques ont été résolues et la parole est au Président … momentanément.)

State of the Nation in Cape Town

Le Président Jacob Zuma n’a pas fini son discours d’ouverture avant d’être interrompu par les Economic Freedom Fighters (EFF). De nombreux parlementaires EFF n’ont pas respecté les procédures parlementaires d’usage en demandant quand est-ce que le Président « remboursera l’argent ». L’année dernière, le Défenseur Public a découvert que le Président a excessivement bénéficié de revalorisation sur sa propriété de Nkandla et il est obligé de rembourser l’État de la totalité de ces bénéfices. Jacob Zuma s’est jusqu’aujourd’hui soustrait à cette responsabilité et continua dans cette direction lors du Discours sur l’état de la Nation. Mbete refusa de considérer la demande d’EFF arguant le fait que la séance parlementaire était spécifiquement et seulement dédiée au discours du Président ; ça n’était pas une session question-réponse. La confrontation entre EFF et Mbete ne s’est terminée que par l’appel des agents de sécurité afin d’escorter les parlementaires EFF en dehors de la chambre. (L’EFF est emmenée de force hors de la scène par les agents de sécurité.)

Mais qui étaient ces forces de sécurité ? Le leader de l’Alliance Démocratique voulait savoir. Étaient-elles les Forces de Sécurité Parlementaire ou des membres de la police ? Ces derniers sont sujets à l’autorité de l’exécutif, et non du corps législatif, et leur intervention dans le Parlement serait une atteinte au principe de séparation des pouvoirs et donc à la constitution. Si les Présidents sont prêts à utiliser les forces de police lorsqu’un problème dégénère dans le Parlement, il demanda que son parti soit exclu du Discours sur l’état de la Nation. Lorsque la Présidente du Conseil National des Provinces, Thandi Modise, qui présida conjointement durant les procédures, n’a pas été capable d’affirmer que les agents de sécurité appelé n’étaient pas des membres de la police, le DA s’exclurent eux-mêmes. (Le DA sort de la scène à droite)

Acte 3

(Le Parlement est remarquablement vide avec les principaux partis d’opposition maintenant absents.)

Sous l’ordre de Modise, le Président Zuma accepta de continuer son discours. Le contenu de son discours incluait la création d’emploi, les succès de leurs projets de logement et Eskom. Mais les faits et les chiffres semblaient en dire moins sur l’état de la nation que sur le chaos qui venait juste de se dérouler. Le discours semblait à une pensée après coup. (Le show est déjà fini et le Discours sur l’état de la Nation 2015 se conclu calmement.)

Sans trop dramatiser, le Discours sur l’état de la Nation 2015 pourrait être transformé en une série télévisée (tragédie ou comédie, en fonction du scénariste). La nuit a peut-être été plus divertissante que ce qu’elle avait le droit d’être. Ces fans que Trevor Noah avait théoriquement peur de perdre, ont eu une bonne raison d’applaudir – ou peut-être une raison de plus de pleurer. Le Discours sur l’état de la Nation fut une rupture de protocole dans une institution démocratique clé. Les présidents ont été incompétents et semblent avoir contribuer au chaos plutôt qu’à son contrôle. Par ailleurs, l’EFF a pu soulever un problème très sérieux, mais leurs méthodes n’ont rien montré d’autre qu’un manque de respect. Dans l’ensemble, l’événement a été un embarras et inacceptable. Ce qu’il va se passer dans les prochains mois sera un indicateur clé de la trajectoire de la démocratie Sud-Africaines. Et avec le spectacle que fut le Discours sur l’état de la Nation 2015, les Sud-Africains peuvent s’assurer que le monde regardera ça de près.

Source: live broadcast on South African Broadcasting Corporation channel 2 (SABC 2)

Auteur: Anja Koekemoer

Traduction: Sofiane Hadine

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