Études + Emploi = Deux mondes déconnectés

Par Peter Vanik – Traduction: Sofiane Hadine

J’ai décidé d’étudier à l’Université de Glasgow parce que la qualité de formation y est bien meilleure que dans n’importe quelle université de mon pays d’origine, la Slovaquie. La fuite des cerveaux est un problème pour les petits pays d’Europe centrale, mais le manque de diplômés techniquement orientés et l’abondance de diplômés sans expérience sont des problématiques bien plus importantes qui peuvent avoir de sévères conséquences économiques.

Alors que la recherche d’emploi est généralement plus simple pour les diplômés de formation intensive en Mathématiques comme l’Informatique, la Finance ou l’Ingénierie, proportionnellement peu de lycéens empruntent cette voie.

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Les employeurs soutiennent que les diplômés non professionnalisés des universités slovaques ne sont pas, pour la plupart du temps, prêts à devenir salariés, car ils n’ont pas la capacité d’appliquer leurs connaissances théoriques en pratique. Cela n’a rien de surprenant, étudier dans une université slovaque équivaut à traverser d’interminables tests de mémoire.

De plus, les maitres de conférence lisant avec monotonie leurs notes ne sont pas rares. De même que des examinateurs ayant la grosse tête et souhaitant faire échouer un étudiant tout simplement parce qu’ils ne l’aiment pas, ou parce que cet étudiant a osé remettre en cause leur opinion, est chose commune. D’un autre côté, les étudiants peuvent réussir leur examen même s’ils démontrent un niveau minimum de connaissances, parce que l’examinateur finit par être lassé par la même personne après cinq échecs.

Les universités sont ainsi devenues des usines à diplômés. Depuis que le financement des universités dépend du nombre d’étudiants acceptés, toute personne assez intelligente pour présenter une candidature peut être acceptée.

Il semblerait que les universités n’aient aucun intérêt à adapter leurs programmes de formation à la demande d’emploi. Récemment encore, on soulignait le fait qu’un propriétaire d’une entreprise de logiciels avait créé un programme de formation enseignant exactement les compétences que les employeurs en informatique recherchaient, mais alors que les autres employeurs accueillaient la nouvelle à bras ouverts et étaient prêt à fournir des maitres de conférences spécialistes en la matière, les universités refusèrent de coopérer. Ceci étant dit, les étudiants ne sont pas irréprochables lorsqu’il s’agit de tirer avantage de leurs opportunités : peu choisissent d’assister aux séminaires et ateliers dirigés par des gens intéressants ou de prendre part à des activités non payées, mais de grande valeur pour leur cursus.

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De plus, des universités ont émergé même dans les villes plus petites, malgré le fait que la qualité de l’éducation qu’elles offrent y soit notoirement basse. Depuis qu’obtenir un diplôme ne demande pas de compétences ou d’efforts exceptionnels, tout le monde peut en avoir un, et à cause de cela, les diplômes ont perdu de leur valeur, sans même parler du fait que ces diplômes sont exigés même pour de petits emplois non qualifiés. Selon une étude récente menée sur 15 000 diplômés, 46% d’entre eux n’ont jamais travaillé dans le secteur de leurs études et 20% pensent qu’ils n’ont même pas besoin d’un diplôme. Les diplômés d’électronique et d’informatique sont une exception – ils ont presque un score de 100% concernant le fait d’être employé dans le secteur de leur formation.

Comme le ministre de l’Éducation Juraj Draxler l’a fait remarquer, le choix du diplôme est extrêmement important. Beaucoup d’étudiants optent pour une formation non professionnalisante pour plusieurs raisons. Premièrement, il me semble qu’à la fin du lycée, plusieurs élèves développent un dégoût pour les mathématiques et les formations scientifiques. Deuxièmement, il y a peut-être une idée générale selon laquelle un « travail de bureau » est mieux qu’un quelconque travail manuel. De fait, les élèves avec les meilleures notes préfèrent s’engager dans des formations généralistes, alors que les moins brillants finissent dans des écoles professionnalisantes ou spécialisées, jugées moins attractives, en dépit du fait que ces institutions ont également besoin d’esprits brillants.

Le résultat est que la Slovaquie est dans le top 7 européen des pays avec le plus fort taux de chômage des jeunes. On se retrouve avec un surplus d’avocats sans clients, de philosophes sans idées et de managers sans personne à manager. Au même moment, on observe une large demande pour les professions manuelles, par exemple dans la construction et l’industrie manufacturière. L’industrie automobile, la colonne vertébrale de l’exportation slovaque, souffre déjà d’un manque d’ouvriers qualifiés.

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Selon Jaroslav Holeček, chef de l’association pour l’industrie automobile, l’industrie slovaque va avoir besoin de 300 000 nouveaux employés qualifiés dans les cinq prochaines années pour remplacer les retraités. Pendant ce temps, seulement quatre constructeurs de pièces automobiles sont actuellement formés dans le pays, et une usine dans la ville de Dubnica a besoin d’employer des retraitées de République Tchèque parce que personne ne présente les compétences nécessaires. Les techniciens ont même prévenu que les réserves d’employés d’usines formés durant le socialisme seront bientôt réduites et que le système éducatif professionnalisant actuel ne sera pas capable de fournir de nouveaux employés.

Je pense que le problème de l’Éducation commence avec les parents et les professeurs

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Premièrement, une présentation attractive des matières prétendument complexes telles que les Mathématiques ou la Physique est la clé. Internet foisonne de vidéos scientifiques fascinantes qui peuvent motiver les élèves à manipuler les lois naturelles.

Il est important que les matières scientifiques ne soient pas présentées comme d’extraordinaires équations, mais comme des solutions à des problèmes concrets. L’idée générale est que les mathématiques sont particulièrement difficiles, et je peux affirmer, grâce mon expérience personnelle, que ce n’est qu’une question d’efforts. J’ai passé énormément de temps à faire mes devoirs, à apprendre petit à petit comment résoudre les problèmes que l’on nous présentait, et finalement, le temps consacré est récompensé. J’ai également été assez chanceux pour avoir reçu l’enseignement d’un professeur de Maths formidable, une véritable légende régionale, qui m’a fait réaliser à quel point il était important d’avoir de bons professeurs, source d’inspiration. Malheureusement, plutôt que de suivre un cursus dans l’enseignement pour ses missions, beaucoup de gens optent pour des diplômes pédagogiques sans avoir une idée claire de ce qu’exige le fait d’être un bon professeur ou si cela est réellement quelque chose qu’ils souhaitent faire. Tristement pour certains professeurs, l’enseignement reste un second travail mal-payé.

Deuxièmement, les parents sont trop souvent bornés et sur-protecteurs concernant leurs enfants, ils blâment le professeur pour l’échec scolaire de leur enfant plutôt que l’enfant lui-même. Rétrospectivement, je peux dire que la sévérité et l’encouragement au travail sérieux par les professeurs peuvent porter leurs fruits lorsque cela est fait de la bonne façon.

Il n’y a qu’une réforme majeure de qualité du système éducatif couplée avec un changement des attitudes individuelles qui pourra sortir la Slovaquie de ce capharnaüm. J’espère que nos représentants politiques réaliseront vite que retarder un tel changement, certes coûteux, ne fera qu’aggraver les choses. L’Éducation est une priorité dans laquelle il vaut toujours le coût d’investir.

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