Politique en Slovaquie : la face cachée de notre démocratie

La corruption est une chose courante dans la vie politique slovaque. Cette face sombre de notre démocratie a une nouvelle fois été exposée lorsque la décision a été prise de nationaliser la Société Slovaque du Gaz (SSG). Le sujet est très sensible en Slovaquie et pourrait potentiellement changer l’ensemble du paysage politique, comme en témoignent les débats houleux qui se sont déroulés au Parlement, au sujet de la SSG, dans la nuit du 17 septembre 2014.

Lors des élections de 2012, le principal parti de droite, le Slovenská demokratická a kresťanská únia (SDKÚ), était tellement rongé par la corruption qu’il a eu toutes les peines du monde à atteindre les 5% requis pour siéger au Parlement. Dans une volonté de se débarrasser de ce fléau, les partis d’opposition font tout pour discréditer le Premier ministre Robert Fico ainsi que l’ensemble de son Parti social-démocrate (Smer).

L’histoire de la Slovaquie a toujours été marquée par la corruption. Ceci explique pourquoi le sujet est si important aujourd’hui. Il est de notoriété publique que, durant les années 1990, nombre d’entreprises publiques ont été privatisées pour des sommes dérisoires, créant un important manque à gagner pour l’État. Dans les années 2000, le mandat du SDKÙ a été entaché par un certain nombre de scandales. Mais les plus ignobles sont intervenus entre 2006 et 2010, années du premier mandat de la coalition Smer – Parti National Slovaque (PNS).

En 2006, le ministre de l’Environnement a vendu à une mystérieuse compagnie américaine les émissions de CO2 à la moitié de leur valeur normale. Plus tard, le ministre du Développement a annoncé la tenue d’un appel d’offres d’environ 120 millions d’euros en l’affichant sur un simple panneau dans les couloirs du ministère. Un autre appel d’offre pour la gestion de péages électroniques a été remporté par une entreprise au fonctionnement trouble et à l’organisation très floue, et ce pour 852 millions d’euros – un prix largement au-dessus de la moyenne de 677 millions pour ce genre de contrat.

Le scandale le plus retentissant est l’affaire « Gorille » de 2012. Il s’agit d’une opération de mise sur écoute menée par les services de renseignement et qui a mis en lumière les relations existantes entre des groupes financiers et les partis de la coalition de droite menée par le SDKÙ. Cela a donné lieu à des manifestations « anti-gorille » dans tout le pays, et notamment à Bratislava (la plus grande depuis 1989). Les partis d’extrême droite ne s’en sont jamais relevés.

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À sa sortie du communisme, la Slovaquie a connu une série de scandales politiques qui ont forgé sa réputation de pays corrompu. En 2014, la Slovaquie était 54e au classement mondial des pays les plus corrompus.

Depuis, Smer rassemble la quasi-totalité des suffrages. C’est cela qui a mené à une hausse de la corruption et du détournement de fonds publics. Ce népotisme s’est encore ressenti lorsque le ministre de l’Agriculture a nommé six de ses proches à des postes importants, via une procédure de sélection injuste. Avec tout cela, il est bien difficile de blâmer les Slovaques pour les taux d’abstention désormais très élevés lors des élections.

En effet, l’engagement politique est devenu synonyme d’égoïsme. L’exemple slovaque montre à quel point la corruption – et le fait que la population en soit consciente – ralentit la politique et est l’ennemie de la démocratie. Un dicton populaire énonce que « peu importe qui est au pouvoir ; tout le monde finira par voler de toute façon ». Cette affirmation est certes vraie dans l’ensemble du monde occidental, mais elle est particulièrement symptomatique du fait qu’en Slovaquie, nombreux sont ceux qui se désintéressent de la politique et abandonnent la lutte contre la corruption.

Ceci étant dit, les choses ont eu tendance à s’améliorer ces dernières années. Quelques hommes politiques slovaques ont accepté de faire un pas vers une plus grande transparence et de bonne volonté face aux accusations qui pèsent sur eux. Mais le problème reste très ancré et ne se limite pas à l’élite politicienne. En 2013, la société Ernst & Young a publié un rapport selon lequel les entreprises slovaques du secteur privé avaient le taux de corruption le plus élevé de toute l’Union Européenne.

La raison de cet état de fait est simple : beaucoup de gens pensent qu’ils doivent saisir toutes les opportunités qui s’offrent à eux de s’enrichir, que ce soit par le biais d’un service rendu à un ami, du travail au noir, d’actes de propriété falsifiés, ou de fraudes fiscales. Ce sont ces petites incartades mises bout à bout qui nuisent à la Slovaquie. Tout ceci pourrait être évité grâce à plus de transparence et à des règles plus strictes et des contrôles approfondis.

Le problème de la corruption en Slovaquie est en très grande partie dû au passé communiste du pays, époque à laquelle le Parti contrôlait absolument tout. Cette mentalité de contournement des règles vient du fait que des générations entières de Slovaques ont été profondément marquées par cette période de leur histoire. Au final, les Slovaques agissent ainsi parce qu’ils n’ont jamais eu d’autre choix.

Voilà donc pourquoi la corruption demeure un problème si difficile à régler : parce qu’il faut pouvoir agir sur chaque individu. En ce sens, il ne faut peut-être pas compter sur le gouvernement pour améliorer les choses. Il revient aux citoyens slovaques eux-mêmes de préférer le droit chemin à l’apathie en montrant leur volonté d’en finir avec la corruption. C’est la seule solution pour faire de la Slovaquie un pays plus attractif. Et personne ne peut le faire à leur place.

 

Auteur: Peter Vanik

Traduction: Vincent Escoffier

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