« Les mariées de l’opium » : les femmes afghanes comme monnaie

Les femmes en Afghanistan ne peuvent échapper à l’horreur du trafic de drogue. L’économie afghane se remet d’une dizaine d’années de conflit. Le fait que ce pays soit enclavé et particulièrement dépendant de l’aide étrangère présage un futur proche peu prometteur.

Par Rohma Ullah – Traduction: Victoria Dussardier

Le peuple est pauvre, la carence en logement s’accompagne d’un délabrement de ceux-ci. Les carences en eau potable sont courantes, et beaucoup n’ont pas d’accès à des soins médicaux. Enfin, le chômage est un fléau de plus qui vient s’accumuler sur les difficultés du peuple afghan. La combinaison de ces facteurs ont en ont poussé beaucoup à prendre des mesures radicales pour nourrir leur famille.

L’une de ces mesures désespérées a été de prendre part au trafic de drogue, l’Afghanistan produisant 92% de l’opium mondial, et cela malgré le fait que ce commerce soit illégal dans le pays.

Il y a bien évidemment des risques liés à ces actes désespérés. En plus du nombre croissant de toxicomanes (estimés à plus d’un million chez les adultes et 60 000 chez les enfants), quelque chose de bien plus sinistre se cache sous la surface.

Le commerce de l’opium est désormais la principale source de revenus pour les Talibans.

De nombreux pauvres fermiers contractent des emprunts auprès des trafiquants dans l’espoir d’augmenter leurs revenus par une augmentation de leurs cultures. Cependant, de récentes campagnes antidrogue menées par le gouvernement ont mené à la destruction de plants, sans qu’aucune alternative soit proposée. Pourtant, la situation est encore plus complexe et alarmante. En effet, le commerce de l’opium est désormais la principale source de revenus pour les Talibans, qui s’en servaient déjà lorsqu’ils régnaient en maitre sur le pays – ce qui signifie qu’ils travaillent également pour les trafiquants.

Ce n’est pourtant pas ce qu’il y a de pire.

Les sévères mesures prises par le gouvernement à l’encontre des drogues ne sont qu’une simple diversion qui a pour but de signifier à la communauté internationale que l’Afghanistan essaye de régler le problème.  Il est cependant évident que la priorité du gouvernement est  de stopper le financement des Talibans. Si c’est un objectif louable, il est loin d’être atteint ou atteignable par un gouvernement incapable de résorber l’insécurité du pays et d’effectuer des actions en territoire encore contrôlé par les Taliban.

Soit l’on cède sa fille en gage de remboursement de la dette, soit l’on est tué par les trafiquants.

Partant d’un objectif louable, le combat contre la drogue crée une situation humaine dramatique. Puisque les fermiers pris pour cibles par les campagnes antidrogues ne peuvent rembourser leurs prêts aux trafiquants, leurs enfants leur sont pris à la place et sont forcés à servir de monnaie d’échange. Soit l’on cède sa fille en gage de remboursement de la dette, soit l’on est tué par les trafiquants, soutenus par les Talibans. Les chances qu’une fille soit rendue sont très minces, les fermiers étant trop pauvres pour rembourser leurs dettes par eux-mêmes.

Le destin des filles est incertain.

RAWA (Association révolutionnaire des femmes en Afghanistan) rapporte que certaines femmes et filles sont mariées à des hommes qui ont au moins deux fois leur âge ; d’autres encore sont victimes de trafic humain au sein même du pays ou au-delà.

Peut-on imaginer une telle chose? Être désespéré au point de se sacrifier soi-même ou son propre enfant ? L’on peut se demander : « Comment ces parents ont pu renoncer à leurs enfants avant de se sacrifier ? » Mais le fait est que ce qui compte, ce n’est pas de se sacrifier soi, son enfant ou qui que ce soit, les trafiquants ne s’arrêteront devant rien pour récupérer leur argent.

Les femmes et filles sont souvent utilisées comme monnaies d’échange pour résoudre des conflits financiers, familiaux, des prêts divers, et ainsi de suite…

La réalité est tout simplement que le gouvernement échoue à résoudre ce problème. Il n’arrive pas à trouver une solution rapide pour sauver les femmes afghanes de cette plaie, à cause de l’insécurité dans certaines zones du pays et des zones qui échappe à son contrôle régalien. Mais cela ne justifie en rien une restriction de la responsabilité de protéger, respecter et d’assurer les droits des femmes en Afghanistan.

Des mesures importantes (bien que limitées) ont été prises pour améliorer les droits des enfants, mais de nombreux problèmes persistent. Au-delà du problème des mariées de l’opium, aujourd’hui encore en Afghanistan, les femmes et filles sont souvent utilisées comme monnaies d’échange pour résoudre des conflits financiers, familiaux, des prêtes divers prêts, et ainsi de suite – généralement dans des régions rurales reculées dans lesquelles le gouvernement n’a que très peu d’autorité.

Pour citer le réalisateur des « Femmes de l’opium », Najibullah Quraish i: « Avec l’accroissement de la pauvreté, elles deviendront de plus en plus vulnérables au fur que mesure que le temps passe. Elles sont les réelles victimes de cet échec à imputer tout autant au gouvernement afghan qu’à l’Ouest ».

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