Et maintenant, où allons-nous, frères sud-africains ?

Par William Kin – Traduction: Vincent Escoffier

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L’Afrique du Sud a accédé à la démocratie en 1994, après plusieurs décennies d’apartheid. Pendant cette période, seule une minorité (les blancs) pouvait voter et élire « démocratiquement » leur président, alors que la majorité ethnique se voyait refuser ses droits les plus basiques. Paradoxalement, Jan Smuts, l’un des nombreux leaders politiques à avoir  ratifié la Charte des Nations Unies, a également été un président sud-africain soutenant le régime d’apartheid.

L’Afrique du Sud est toujours politiquement instable.

En 1994, l’Afrique du Sud a connu sa première véritable élection démocratique à l’occasion de laquelle toutes les races étaient égales face au droit de vote. Nelson Mandela fut alors le premier Président élu démocratiquement. Lors de son discours d’investiture, il déclara : « Notre merveilleuse terre ne doit plus jamais être le théâtre de l’oppression d’un peuple par un autre ».
L’Afrique du Sud est alors toujours politiquement instable, mais 1995 fut une année charnière. Le pays a alors accueilli et remporté la Coupe du monde de rugby ainsi que la Coupe d’Afrique des nations de football. Pour la première fois, le pays s’est uni.  En 1996, l’Afrique du Sud connaitra un autre événement historique : l’adoption d’une nouvelle Constitution venant remplacer la Constitution intérimaire adoptée en 1993. Le ralentissement de l’économie dû à la crise financière en Asie a fait de l’année 1998 une année difficile pour le pays et ses habitants. En effet, le chômage a connu une forte hausse. Notez qu’en 2015, le taux de chômage s’élève encore à 24%.

En 1999, une grande partie des pays voisins de l’Afrique souffraient soit de guerre civile, d’instabilité politique ou de dommages environnementaux.  L’Afrique du Sud a alors accueilli beaucoup de réfugiés, en parallèle d’une augmentation de ses échanges commerciaux les États-Unis, d’Asie et d’Europe. Le gouvernement sud-africain a pris des mesures fortes concernant le salaire minimum. Mais le nombre de réfugiés acceptant de travailler pour un salaire inférieur au salaire minimum augmentant, certains furent exploités, ce qui alimenta le dumping social et la hausse du taux de chômage.

Les locaux commencèrent ainsi à se plaindre du dumping social et du chômage qui serait créé par ces étrangers. Ces sentiments se cristallisèrent lors de tragiques manifestations xénophobes de 2008, au cours desquelles 62 personnes furent tuées, dont 21 Sud-Africaines. Le monde avait les yeux braqués sur l’Afrique du Sud qui devait organiser la Coupe du monde de football en 2010. Un grand événement qui s’est révélé créateur d’emplois à court terme et aura freiné l’ascension de la courbe du chômage.

Une transformation est en train de s’opérer et les activistes se sentent oppressés par la présence de figures du colonialisme.

Au début du mois de mars 2015, la campagne #RhodesMustFail fut lancée à l’université du Cap, après qu’un étudiant activiste ait lancé des selles humaines sur la statue de Cecil John Rhodes, un politicien britannique, colonialiste et fondateur de l’État de Rhodésie, devenu aujourd’hui le Zimbabwe.  Cet événement déclencha un vif débat sur les transformations que l’Afrique du Sud connaissait. À partir du mois d’avril, les choses prirent un nouvel élan et plusieurs statues et symboles historiques furent dégradés et vandalisés. La raison de ces protestations est simple : une transformation est en train de s’opérer et les activistes se sentent oppressés par la présence de figures du colonialisme.

Le 8 avril, le Conseil d’administration de l’université du Cap a voté le retrait de la statue de Cecil John Rhodes. Mais cela n’aura pas su empêcher de nouvelles violences xénophobes qui ont causé la mort de 8 personnes.

Alors où allons-nous maintenant, frères sud-africains ? Où allons-nous, maintenant ?

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