The Typewriter en voyage en Palestine

Après avoir parcouru 1600 km, un endroit en particulier ressortait au milieu de tout ce qu’il me restait à visiter : la Palestine.

Traduction : Victoria Dussardier

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Le Palestinien moyen est forcé d’accepter une surveillance totale de sa vie et l’intrusion de l’État dans son existence

Politiquement, la situation en Cisjordanie est proche d’une zone de guerre. Physiquement, certains endroits peuvent être décrits comme tels. Il ne faut pourtant pas s’imaginer un décor uniquement marqué par des soldats prêts à tirer sur tout ce qui bouge. Si la menace des soldats israéliens pour les Palestiniens est bien réelle, elle prend des formes que l’on n’imagine pas de prime abord.

De la façon la plus orwellienne possible, le Palestinien moyen est forcé d’accepter une surveillance totale de sa vie et l’intrusion de l’État dans son existence. Cette oppression, ajoutée à la propagation des colonies juives en Cisjordanie, rend de plus en plus difficile le déroulement d’une vie normale pour les Palestiniens. Malgré tout, vous devriez quand même visiter la Cisjordanie. Pourquoi ça ? Car les Palestiniens sont le peuple le plus accueillant que j’ai jamais rencontré.

L’harmonie entre les religions en Cisjordanie est un des exemples de connexion humaine les plus beaux auxquels je n’ai jamais assisté. Et enfin, le consensus dans l’attitude des Palestiniens vis-à-vis de leur lutte n’est pas simplement pacifique, mais aussi admirable. Ils veulent juste quelqu’un pour les écouter, et qui peut bien être plus à l’écoute qu’un voyageur à l’esprit ouvert ?

La plupart des gens sont trop pauvres pour partir et sont impuissants face aux fréquents raids des Forces de Défense Israéliennes.

J’ai passé Noël à Bethléem et Hébron à discuter avec des autochtones à propos de leur vie en Cisjordanie. Un homme âgé nous a aidés à comprendre l’histoire derrière la situation en Palestine et comment cela a affecté sa vie. C’était un pieux chrétien, mais comme vous pouvez vous y attendre, il accepte à la fois les musulmans et les juifs de Bethléem. Ce qu’il ne pouvait accepter, c’était les colonies israéliennes/juives qui se sont installées dans l’endroit qu’il appelle son « chez lui ». Les colonies sont les outils souvent agressifs du gouvernement israélien pour gagner et conserver du terrain en Cisjordanie. Le plus incroyable dans tout ça, c’est que l’homme ne s’est pas mis, ne serait-ce qu’une fois, en colère durant son récit. Il avait juste l’air las et déçu.

Nous avons visité un camp de réfugiés local de l’ONU, ce que je recommande de faire à tous. Avant même de parler à quiconque, nous pouvions sentir que cet endroit était différent. Des détritus étaient empilés aussi loin que l’on pouvait voir, des enfants lançaient des pierres pour tromper l’ennui — c’est comme si nous étions arrivés dans une tout autre ville. Nous avons alors discuté avec un homme du camp après avoir remarqué que les employés de l’ONU étaient en grève. Notre ami nous a décrit la vie au camp et les trois voies qui s’offrent à vous en vivant là-bas : la pauvreté, les troubles psychologiques ou la prison. La plupart des gens sont trop pauvres pour partir et sont impuissants face aux fréquents raids des Forces de Défense Israéliennes.

Ensuite, nous sommes allés à Hébron. Hébron est une ville de Cisjordanie partagée entre les Palestiniens (H1) et les colons juifs (H2). Très peu de familles palestiniennes vivent en zone H1, ayant été forcées à partir par les colons et l’armée israélienne. Cette partie de la ville possède des routes discriminatoires pour les Israéliens et les Palestiniens, des trottoirs couverts, des filets pour arrêter les jets de pierres des colons sur les passants et des maisons bardées de planches pour protéger les dernières familles palestiniennes de la violence.

Deux habitants palestiniens nous ont montré la Ville Fantôme dans « Hébron 2 » , une partie de la ville anciennement palestinienne qui avait été occupée par des colons juifs puis finalement interdits d’accès pour devenir la propriété des habitants juifs, régie par Israël. Si l’on compare cela au bazar de « Hébron », la partie administrée par les Palestiniens, on trouve un exemple parfait d’à quel point les vies peuvent être différentes pour des gens vivant à quelques mètres les un des autres. Simplement séparés par un point de contrôle de l’armée israélienne.

La veille de Noël, à Bethléem, nous avons assisté à la parade se déroulant sur  la place Manger. Le public, composé d’individus des trois religions majeures, a afflué pour la parade et le concert. On pouvait les identifier dans la foule :  juifs, musulmans, chrétiens, ainsi que quelques touristes, athées ou non. Tous étaient unis par leur attention sur les célébrations. L’une des images les plus fortes qui m’aura marquée fut lorsque, de la mosquée adjacente aux célébrations, l’appel à la prière se répercuta sur la place Manger. Personne dans la foule ne s’est plaint ; personne n’a même tressailli, tout le monde était tolérant et content, les non-musulmans inclus.

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Cela m’a fait réfléchir — pourrions-nous être aussi tolérants aux États-Unis ou en Europe ? Probablement pas. Malgré les blessures, les années de lutte et de séparation inhumaine, la fusion des cultures et des gens en Palestine est l’un des évènements les plus beaux et tragiques qu’il m’ait été donné de voir. L’image que s’en fait l’Occident est fausse. La Palestine n’est pas une terre assoiffée de sang, de la même manière que ce n’est pas excessivement dangereux. Mon gouvernement a soit tort de me conseiller de ne pas y voyager, soit maintient volontairement cette image malveillante de la Palestine.

Après tout, d’après la fameuse citation d’Aldous Huxley, « Voyager, c’est découvrir que tout le monde a tort à propos des autres pays ».

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