Le sexisme silencieux : ce que masque les codes vestimentaires à l’école

Les collèges et lycées américains ont adopté des codes vestimentaires intransigeants, imposant des restrictions sur ce que peuvent porter les garçons et les filles à l’école. Cependant, ces règles sont plus contraignantes pour les filles que pour les garçons, ces derniers étant moins sévèrement réprimandés que leurs camarades féminins en cas de transgressions.

Par Evan Andreae – Traduction : Jessy Poirié

En fait, la majorité de ces restrictions ciblent presque exclusivement les tenues vestimentaires féminines. Si on regarde le code vestimentaire indiqué dans les manuels des élèves dans un lycée ou un collège, très peu d’interdictions sont concernent uniquement les garçons ; la plupart peuvent en effet être étendues aux deux sexes (par exemple l’interdiction du port de pantalon baggy, de t-shirts provocants, de cheveux débraillés ou encore de sous-vêtements visibles).

Le reste des restrictions dans ces codes vestimentaires sont spécifiques aux vêtements et modes féminines : pas de ventre ou de dos nu, pas de bretelles spaghettis, des shorts d’une certaine longueur, pas de décolleté plongeant (montrant la séparation de la poitrine), pas de vêtements serrés comme les leggings. On commence ainsi à deviner l’idée qui sous-jacente qui se cache derrière ces politiques. Sous l’apparente volonté d’imposer un code vestimentaire acceptable , le lycée moyen américain cherche à contrôler de manière stricte ce que les filles montrent de leurs corps.

Mais pourquoi faire cela ? Un pantalon déchiré, un débardeur avec une image profane, des cheveux ébouriffés et vous apparaîtrez sans aucun doute comme inconvenant aux yeux de tous à l’école. En revanche, un short et un polo – ce que doit le garçon moyen peut porter en été – sont acceptables et à la mode.

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Une jupe courte en dentelle ou une robe d’été dos nu – ce que pourrait porter, en moyenne, toute fille bien habillée pour l’été – ne sont pas confortables, ne font pas débraillé et sont à la mode. Pourtant, selon le code vestimentaire à l’école, une fille ne peut pas en porter. Pour comprendre pourquoi ce double standard existe, il faut remonter à son origine. Ce faisant, nous pourrons comprendre les effets néfastes que cela peut induire chez des jeunes filles qui deviendront un jour des femmes.

Alors, pourquoi est-ce que les tenues « révélatrices » des filles sont-elles taboues dans les halls des écoles ?

Pourquoi les filles sont-elles humiliées par leur manière de s’habiller ?

Dans la majorité des cas, on envoie les filles se changer pour avoir violé le code vestimentaire, l’explication la plus fréquemment donnée est que  leurs tenues ne sont pas appropriées et  déconcentrent leurs camarades. Le problème serait donc, lorsqu’une fille révèle une partie de sa peau ou de son corps qui n’est normalement pas visible, à l’école, les garçons s’en trouvent distraits. Quand on déconstruit ce mode de pensée, on se rend compte qu’implicitement, la libido masculine incontrôlable est placée au-dessus des droits féminins. Et en ignorant ce problème, on l’approuve indirectement.

Qu’entend-on par droits féminins ? Dans un monde parfait, si une fille souhaite porter un short court ou un haut dévoilant ses épaules à l’école, elle devrait pouvoir le faire.

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Qu’entend-on par droits féminins ? Dans un monde parfait, si une fille souhaite porter un short court ou un haut dévoilant ses épaules à l’école, elle devrait pouvoir le faire. Si un garçon veut porter un short court et un haut dévoilant ses épaules à l’école, il devrait pouvoir le faire également. Mais le dernier cas ne compte pas ou peu, car à cause des modèles de genre dominants dans notre société (un vaste sujet pour un autre vaste article), il est extrêmement peu probable qu’un garçon se promène à l’école dans une telle tenue. L’interdiction ne leur est donc pas explicitement imposé.

En revanche, on s’attend à ce qu’une fille porte une telle tenue ; on en voit tout le temps en dehors de l’école. Les garçons comme les filles devraient être autorisés à porter une telle tenue, mais l’une des raisons qui expliquent son bannissement des collèges et lycées – composés d’une population âgée de 11 à 18 ans – est que la société sexualise le corps féminin.

Internet, la télévision , les magazines, les films, les jeux vidéos et la pornographie ont fortement contribué à hypersexualiser l’image de la femme en montrant plus de peau que ce qu’une tenue modeste normalement portée en montrerait. Parce que ces canaux sont très présents dans la société américaine, ils influencent aisément nos attitudes, règles et croyances. Mais le véritable préjudice commence lorsque nous cautionnons ces façons de dépeindre les femmes comme agissant selon une norme unique, avec deux catégories distinctes entre « bon comportement » et « promiscuité », et en nous laissant croire que ces deux termes s’excluent mutuellement.

C’est de là que vient le terme « traînée » ; le mot est devenu une arme potentielle (utilisée en premier par les femmes envers d’autres femmes) pour culpabiliser celles qui sortent de cette norme superficielle.

Le fait que l’action de montrer sa peau, de montrer son décolleté soit associée à tort à de la promiscuité sexuelle, explique en partie pourquoi les collèges et lycées trouvent essentiels de contrôler la longueur et l’épaisseur des vêtement des filles plus que ceux des garçons.

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Bien sûr, un tel comportement peut parfois cacher une intention de promiscuité sexuelle, mais seulement lorsqu’un agissement sexuel est observé également. On fera culpabiliser les filles de porter une telle tenue, d’« agir de manière légère », en arguant que les garçons pourraient agir selon leurs pulsions sexuelles en voyant le décolleté ou un peu plus de peau que d’habitude. Appliquer ce genre de règle nuit à la confiance, à l’identité et à l’individualité des filles, parce que cela perpétue silencieusement leur objectivation. Le pire reste notre incapacité à reconnaître que le problème des violations du code vestimentaire ne peut pas être résolu en changeant ce que portent les filles, mais en apprenant aux garçons à contrôler leurs pulsions et leur attitude envers les filles.

On sait tous que l’objectivation des femmes est une forme de sexisme. Il est en revanche beaucoup plus difficile de qualifier les règles vestimentaires pour les filles à l’école de sexistes. Les codes vestimentaires ne sont pas, de fait, une forme d’oppression, mais plutôt un système équitable de contrôle qui bénéficie à l’image de l’école qui les impose.

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S’habiller de manière appropriée implique un comportement approprié, et un comportement approprié favorise un environnement d’apprentissage productif.

Cependant, la polémique sur la façon dont les codes vestimentaires sont appliqués ne vient pas de ce que les écoles considèrent comme approprié, mais de ce qu’elles considèrent comme inconvenant.

Par chance, les filles ne restent pas silencieuses face au problème. Beaucoup d’étudiants sont d’accord pour dire que les codes vestimentaires ciblent injustement les filles, et que les bases de ces règles devraient être remises en question. Et pour ce faire, nous allons devoir nous poser des questions dérangeantes. Mais ces questions – sur la manière tellement différente dont nous voyons les filles et les garçons, et sur pourquoi nous hypersexualisons les filles – nous rapprocheront de la fin du sexisme silencieux qui régit les attitudes et la politique dans nos systèmes scolaires.

 

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