Ipswich, racontée par un local

Lorsque j’ai lu un article paru dans un journal local de ma ville natale, affirmant qu’Ipswich – une grande ville à l’échelle anglaise – était, selon le Centre for Cities, l’une des villes à la croissance la plus importante du pays et où les habitants étaient les plus « satisfaits de leur sort », je me suis senti obligé d’écrire cet article.

Par Simon Rose Traduction: Vincent Escoffier

Étant un jeune homme ambitieux avec beaucoup de temps devant lui et trop peu d’argent entre les mains, j’ai bien conscience du danger de voir mes ambitions se transformer en apathie, faisant de moi une personne « satisfaite de son sort ». Par conséquent, je ne peux que penser que le fait qu’Ipswich soit « la cinquième ville dont la croissance de population est la plus importante sur ces dix dernières années » doit être directement attribué à l’augmentation de 120 % de travailleurs migrants arrivés durant cette période et qui, face à un manque de temps et d’argent, ont été attirés simplement par le fort taux d’emploi.

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Je pourrais facilement adopter ici un ton cynique et émettre l’idée selon laquelle Ipswich est un centre urbain qui attire les personnes qui n’ont que peu ou pas d’attentes particulières et sont aisément satisfaites. Un rapide tour de la ville suffira à confirmer qu’elle ne recèle aucune beauté particulière. Le front de mer d’Ipswich était pourtant l’un des aspects intéressants du projet «Urban renaissance », porté à la fin des années 1990 par les travaillistes.

Si j’avais de l’argent à dépenser et que j’avais plus d’affinités avec la ville, je me pencherais plus sérieusement sur la découverte de ses bars et restaurants. Mais hélas, vous avez plus de chances de me croiser à la bibliothèque, ou sur un banc du parc de Christchurch, un exemplaire du Journal d’un homme de trop dans les mains. Le parc entoure le château de Christchurch, qui sur le plateau de Monopoly d’Ipswich occuperait la place de la rue de la Paix ou du Boulevard des Champs Elysées à Paris.  J’accompagnerais peut-être ma lecture d’un déjeuner acheté dans un magasin « Tout à 1 Pound ». Face au nombre grandissant de ces enseignes, l’un de mes amis me disait sarcastiquement qu’il s’agissait « sûrement d’un signe d’une économie florissante ».

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Pour les moins fauchés d’entre vous, il y a tout de même une multitude de cafés, sandwicheries et autres « restaurants de midi ». Ces commerces qui semblent ne jamais s’être mieux portés que pendant la récession. Il en existe une variété considérable.

Curieusement, le Conseil municipal d’Ipswich a prévu d’engager un plan de rénovation du centre-ville ; une réponse fantaisiste à une déclaration du gourou Stuart Rose, l’ancien patron de Mark & Spencer, qui a affirmé qu’il était l’un des endroits les plus déprimants qu’il ait jamais visités. À cela, je dirais que tout dépend d’où vous venez et par où vous êtes déjà passé.

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Ayant étudié trois ans à Reading (dont les bords de Tamise réhabilités sont le symbole de la réussite du plan de rénovation urbaine des travaillistes), je ne peux pas m’empêcher de penser que les urbanistes d’Ipswich ont manqué quelque chose : les nombreux cafés et restaurants au bord de la Tamise à Reading sont adossés à des centres commerciaux, jouxtant eux-mêmes la rue principale de la ville.

La partie rénovée du front de mer d’Ipswich est à presque un quart d’heure du centre-ville… un endroit rénové à la faveur d’une architecture moderne (connotation négative), et d’un éclairage de nuit servant de cache-misère en tentant de faire passer le marron des eaux de la rivière Gipping pour un violet majestueux.

Avant de terminer, je devrais évoquer un avantage d’Ipswich : c’est pratique pour aller à Londres. Située à une heure de train, Ipswich est sûrement l’endroit le moins cher où vivre sans trop s’éloigner de la capitale. Alors même si je me fiche qu’Ipswich ait un fort niveau d’emploi, je conserve quand même à son sujet un maigre sentiment de sympathie.

En tout cas, pour l’instant, j’y vis toujours.

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