La paranoïa de l’islam : la peur de l’inconnu

Quand on observe la façon dont l’information est traitée, on se rend compte qu’il y a plusieurs niveaux de partialité et de préjugés difficilement détectables à première vue concernant l’islam.

Par Meher Masalawala – Traduction : Vincent Escoffier

En y regardant de plus près, le lecteur peut découvrir que le langage utilisé peut l’être à des fins de manipulations, et donc changer complètement les faits. Il est certain que l’image de l’islam et de la communauté musulmane souffre actuellement d’un discours biaisé de la part de certains.

Cette campagne est comparable à celles que l’on a vues menées à l’encontre du communisme et des communistes, il y a de cela quelques décennies et elle fut effectivement à l’origine d’une vague de paranoïa mondiale. Tout le monde n’est bien sûr pas raciste ou enclin au jugement hâtif. Mais le fait est que l’on incite les gens à croire certaines choses à propos d’un groupe de personnes qui partagent la même religion, malgré le fait qu’au sein même de cette religion existent des clivages sur nombre de sujets, religieux ou non.

Ces dernières années, il y a eu un nombre croissant de crimes commis et dont les responsables étaient de confession musulmane. Curieusement, le terme « terroriste » semble d’ailleurs réservé aux seuls criminels musulmans. Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que tous les musulmans ne sont pas arabes, et tous les Arabes ne sont pas musulmans. Le Moyen-Orient n’est pas uni dans la religion. L’islam lui-même n’est pas uniformisé.

Il n’existe aucune religion – pas même l’Islam – dont les textes saints font la promotion d’une politique de violence. D’ailleurs, les passages du Coran que certains jugent controversés se retrouvent dans d’autres textes religieux tels que l’Ancien Testament. Le principe même d’une religion est l’ordre et la paix, et aucune religion ne promeut d’autres enseignements (ce qui n’exclue pas que certains de ces enseignements puissent être incompatibles avec la société moderne).

La question est alors de savoir pourquoi les musulmans sont toujours au cœur des journaux d’information. Peut-être la véritable question serait-elle plus de savoir pourquoi l’on demande aux musulmans de prouver leur loyauté envers leurs pays à chaque fois qu’un crime violent impliquant un musulman y est perpétré ? Un exemple qui illustre bien le double standard dont sont victimes les musulmans est celui du crash du vol 9525 de la GermanWings, lors duquel le pilote – un homme blanc – a délibérément fait crasher son avion sur une montagne des Alpes françaises.

Il n’était pas musulman. C’était un allemand caucasien suspecté de souffrir de troubles santé physique et mentale. Sa religion ou sa race n’ont à aucun moment été évoquées comme motifs éventuels. Les médias ont même insisté sur le flou entourant les motivations de cet homme. Inversement, il y a eu de nombreux incidents tragiques – tels que ceux survenus en France en janvier dernier – dont les coupables étaient musulmans. Dans ces cas-là, les médias ont immédiatement insisté sur la religion des criminels, posant la question à l’opinion publique de savoir s’il s’agissait d’un nouveau « jihad ».

D’une manière générale, si le suspect est blanc, les médias prennent souvent son parti et lui trouvent des circonstances atténuantes telles que l’instabilité mentale. Mais alors pourquoi est-il inimaginable qu’un criminel musulman soit mentalement instable aussi ? Pourquoi partons-nous du principe que le problème est inhérent à l’Islam est concerne l’ensemble de ses 1,6 milliards de fidèles ?

L’important n’est alors plus quelle est la religion pratiquée par les individus, mais les interprétations qu’ils font de leurs enseignements.

Si l’Islam était une religion violente, pourquoi les musulmans n’auraient-ils pas tous été violents dans le passé ? L’Islam est une religion organisée au même titre que le christianisme et depuis presque aussi longtemps. Et si l’on n’a pas le droit d’imputer au christianisme des événements tels que les deux guerres mondiales, l’esclavage (que la Bible promeut), ou le colonialisme, pourquoi fait-on reposer la responsabilité du terrorisme sur l’Islam ?

Il n’existe pas de catégorie de crime par religion. Il y a des « tueurs bibliques » sur tous les continents, des bouddhistes qui tuent des musulmans en Birmanie, et une occupation et colonisations de la Palestine perpétrée par un État qui se revendique sa judaïté. L’important n’est alors plus quelle est la religion pratiquée par les individus, mais les interprétations qu’ils font de leurs enseignements. Les croyances de chacun sont ce que chacun en fait, et cela ne découle en rien des textes saints.

Tous les crimes ne seront jamais évités. Par contre, nous pouvons être plus intelligents dans notre façon de juger les gens, et plus juste envers ceux qui sont dupés par la vague de paranoïa du « jihad terroriste ». Après tout, tous ceux qui ont la peau sombre ne sont pas des voleurs, toutes les femmes voilées ne sont pas des kamikazes ou des membres de Daech, et tous les barbus ou ceux qui ont l’air Arabes ne sont pas diaboliques.

Ce sont des stéréotypes dont l’on se convainc simplement parce que les médias et les gouvernements nous les martèlent. En tant qu’individu membre d’une société, il est de notre responsabilité de penser de manière plus rationnelle et de mettre nos émotions de côté, de façon à ce que nous puissions progresser collectivement et surpasser notre « peur de l’inconnu ».

 

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