La neutralité dans un conflit : une journée avec le Dr Mads Gilbert

« La politique n’est rien d’autre que de la médecine à grande échelle », déclarait Rudolf Virchow. La santé constitue un élément fondamental de la vie humaine et peut représenter une puissante force mondiale d’émancipation ou d’oppression.

Par Na’im Merchant – Traduction : Jessy Poirié

Certains, comme le Dr Mads Gilbert, ont travaillé sans relâche pour dénoncer la dure réalité de l’oppression et des inégalités dans le domaine de la santé, envers une communauté internationale restée largement silencieuse tandis que beaucoup souffrent et meurent dans le monde entier.

mads-gilbert-at-al-shifa-hospital

« Voici ma Kalashnikov ! », lance-t-il, son appareil à la main, « mon stéthoscope, c’est mon arme ». Le Dr Gilbert est en ce moment à Londres, donnant des conférences et faisant la promotion de son nouveau livre, Une Nuit à Gaza, qui relate son expérience au sein de l’hôpital Al-Shifa à Gaza, durant l’opération Protective Edge de 2014.

Je suis parvenu à obtenir un laissez-passer pour un séminaire exclusif en compagnie du docteur en personne, organisée par Medsin, un réseau étudiant et œuvre de bienfaisance qui lutte contre les inégalités locales et internationales dans la santé à travers l’éducation, la sensibilisation et l’action communautaire. Nous sommes quinze dans la pièce, des étudiants, des journalistes, des photographes, des avocats et des bénévoles. Nos regards sont tous braqués sur lui, captivés.

2273190

Le passionnant et éloquent Dr Gilbert a une personnalité véritablement marquante, à la fois compatissante, inspirante, enrichissante, et pleine d’humour. Durant toute la durée de notre rencontre, le Dr Gilbert a régulièrement précisé qu’il n’était pas le héros des contes qu’il raconte, contrairement aux médecins palestiniens, aux infirmières, aux ambulanciers et toutes les personnes dont il parle. C’est leur histoire.

Ce n’est pas rien d’écrire à propos des atrocités commises durant l’Opération Protective Edge, notamment en ce qui concerne les dégâts causés aux infrastructures vitales et le nombre record d’enfants tués par l’action militaire d’Israël. Mais où se situe le rôle des professionnels du soin dans ce contexte d’injustice et d’horreur ?

Beaucoup d’agences d’assistance médicale comme Médecins Sans Frontières et la Croix-Rouge/le Croissant-Rouge affirment qu’en restant neutres, ils parviennent à pénétrer dans des zones interdites à d’autres organisations, et ils peuvent ainsi venir en aide à des individus en détresse, mais bien souvent oubliés.

gaza-mads

Cependant, le Dr Gilbert avance qu’il n’est jamais neutre face à ses patients. Infirmières, sages-femmes, médecins, et tous les praticiens de santé agissent généralement dans l’intérêt de leur patient avant tout, et contre tout ce qui pourrait les amener à souffrir. Il nous explique que les trois grands éléments essentiels à la santé sont, un accès sûr à l’eau, la sécurité alimentaire, et la sécurité humaine. Cette liste, confirmée par l’OMS, ne mentionne même pas la nécessité d’accéder à un hôpital par exemple.

Son discours et point de vue deviennent alors parfaitement clair.

Le secteur de la santé n’a pas de prise sur ces trois facteurs essentiels ; ils sont contrôlés par un maillage complexe d’influences politique, de pouvoir et des réalités de la guerre. Si les médecins défendant pleinement leurs patients, n’ont-ils pas l’obligation de parler de ces problèmes qui affectent leur santé ? N’est-ce pas d’autant plus vrai lorsque la souffrance vient de l’homme et qu’elle est évitable ? La neutralité est-elle réellement une option ?

Malgré le fait que Gaza soit assiégée depuis huit ans maintenant et ait subi quatre attaques majeures par les forces armées israéliennes (durant lesquelles le Dr Gilbert fut présent, et qu’a chaque fois des centrales, des cliniques, des réservoirs d’eau et des routes sont détruites), ce n’est pas des médecins occidentaux ou de volontaires qu’ils réclament, ni de la pitié.

Leurs médecins ont reçu une éducation bien supérieure à la nôtre en matière de gestion d’un grand nombre de victimes durant un conflit et de situation de catastrophe. Ils sont nombreux à Gaza à vouloir reconstruire leur pays et lui rendre sa beauté. Ils ont simplement besoin que le siège soit levé, que les matériaux de construction puissent arriver, et ainsi les hôpitaux pourront réapprovisionner leurs stocks de gants, de blouses et de bandes. Les générateurs pourront ainsi être réparés pour éviter des pannes de courant en pleine opération chirurgicale.

UhjvFJ-KjPMC7bks4yI9aQBji69D80-i7MwzZyrRfP9A

« Dites-le au monde. Dites-leur ce qui nous arrive ici ». Les appels des Palestiniens vont encore rester sans réponse, alors qu’ils devraient allumer en nous tous la flamme de la pensée et de l’action. « Si vous êtes neutre dans les situations injustes, vous avez choisi le côté de l’oppresseur », affirme Desmond Tutu.

Le livre du Dr Mads Gilbert Night in Gaza est sorti en juillet 2015. Tous les bénéfices des vendre seront utilisé pour venir en aide aux enfants de Gaza.

Publicités