Pollution en Inde : des solutions basées sur nos droits

Lorsque je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de l’Inde, la première réponse de mes deux amis allemands fut « que c’est pollué ! » et « il n’y a pas d’air sain là-bas ! ».

Par Kirthi Jayakumar – Traduction : Jessy Poirié

Plus récemment, j’étais dans une boutique d’une marque très de produits cosmétiques connue, lorsque la vendeuse au comptoir m’a dit : « Votre pays, je vous assure, quelle pollution ! Je vais vous montrer quel produit utiliser pour l’allergie que vous avez ! »

Est-ce à ce point ? J’ai passé une semaine à Bonn avant l’hiver et je suis revenue avec une belle peau, mes cheveux étaient plus doux et je respirais plus facilement. Mais ensuite, le lendemain de mon atterrissage en Inde, j’ai constaté l’apparition d’une notable réaction cutanée sur mon front. Cela m’a poussé à aller me renseigner sur les statistiques de pollution en Inde. Les données que j’ai pu dénicher sur internet ont provoqué surprise et consternation.

Il est tellement triste de voir que l’air de New Delhi, la capitale de l’Inde, est désormais complètement saturé de polluants de toutes sortes. Les études révèlent que le nombre de particules cancérigènes qui entrent dans les poumons et dans notre sang atteint des niveaux 21 fois plus élevés que le taux jugé acceptable médicalement.

Il est tellement triste que l’OMS ait récemment annoncé que New Delhi avait dépassé Pékin comme ville la plus polluée du monde. Ces réalités ont de graves conséquences sur la santé des citoyens indiens, mais le message n’est clairement pas diffusé comme il le devrait. Les journaux indiens et  les chaînes de télévision traitent le problème de manière secondaire comparée aux autres sujets « d’actualité ».

« Le droit à un environnement sain » : une approche basée sur nos droits fonctionne-t-elle ?

Peu de systèmes judiciaires dans le monde sont aussi préventifs que la justice indienne. Le nombre d’affaires relevant de l’article 21 de la Constitution indienne, concernant le droit à la vie et à la liberté, le prouve. En effet, alors que c’est une des dispositions les plus courtes prévues par la Constitution, l’article 21 génère des rames et des rames de papiers en jugements et arguments. Témoignant ainsi du fait que la notion de « droit à la vie » est large et comprend absolument tout ce qui fait qu’une vie soit digne d’être vécue.

Naturellement, le « droit à un environnement sain » en fait partie. Les principes fondamentaux des règles sur les litiges qui assurent le droit à un environnement sain, et comme corollaire, le droit à une protection de l’environnement sont construits sur l’unique notion de « pollueur-payeur ». Ce principe est basé sur les deux piliers que sont l’égalité intergénérationnelle et le développement durable.

En pratique cependant, le concept de « pollueur-payeur » a vite dévié de l’objectif qu’il est censé servir. La flopée de droits environnementaux qui ont été intégrés dans la compréhension de l’article 21 a créé un sentiment de judiciarisation, mais peut-être à juste titre étant donné les enjeux actuels autour des eaux usées, de la qualité de l’eau et l’écoulement des effluents qui ont nui à la vie humaine.

Mais cela signifie également que le problème est soumis à  des questions d’applicabilité limitée. Les industries ont été restreintes ou ont fermé, puis a été mis en place la législation « aide et réparation » qui a voulu responsabiliser les pollueurs, mais est restée confinée dans une tour d’ivoire de gratte-papiers. Au final, la situation actuelle est le résultat de nombreux droits qui ont été créés et défendus au même moment. Car parallèlement à la progression du droit à la protection de l’environnement, le droit à un revenu décent à également gagné en importance. 

De ce dernier droit a résulté une augmentation des activités polluantes, mais aussi la perpétuation des pratiques non durables dans l’élimination des polluants. Le corollaire de cette situation, c’est que les masses disposent de plus d’avoir mis plus d’argent. La reprise de l’industrie et l’augmentation des revenus augmentent le nombre de voitures sur les routes, et créent ainsi tristement plus de pollution. Le résultat, à n’en pas douter, est honteusement mauvais. En effet, l’ampleur de cette pollution est énorme, et la perception de chacun sur sa participation à la pollution de l’environnement est fondée sur des solutions aveugles au problème en question.

Je ne nie pas que de tels droits ne devraient pas exister, ou que ces droits n’ont pas d’importance. Loin de là ; plutôt, la mise en œuvre de ces droits ne devrait pas être fragmentée. Le droit à un environnement propre ne se limite pas à des individus ou des intérêts spécifiques, il doit être considéré comme un droit que toutes les générations pourraient connaître et apprécier. Au lieu de cibler seulement l’industrie, les administrations en charge du contrôle de la pollution doivent agir au plus vite et à un niveau national plus large pour contrer les effets de la pollution.

 

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