La génération Y n’est pas fainéante, elle est infiniment passionnée

Les millennaux (de l’anglais milenials), appelés aussi la Génération Y, se réfèrent aux individus qui sont nés entre 1982 et 2000. J’en fais donc partie. La génération de baby-boomers nous reproche notre fainéantise. Si l’on s’en tient à des considérations purement physiques, c’est peut-être le cas. Mais mentalement ? Moralement ? Philosophiquement ? Pas une seule chance. Nous sommes des usines à gaz de réflexions, d’opinions et ma parole, nous débordons de convictions !

Par Evan Andreae – Traduction: Omar Tarabay

Récemment, la Cour Suprême américaine a délivré un verdict d’ampleur, faisant du mariage pour tous un droit constitutionnel. Sommes-nous heureux ? Assurément ! Mais sommes-nous satisfaits ? Non. Ne vous méprenez pas, cette décision représente une victoire majeure et fantastique pour les droits des LGBT aux États-Unis. Mais dans le grand combat pour l’égalité, c’est une petite victoire.

Beaucoup s’étonneraient, et nous demanderaient à juste titre: “Comment pouvez-vous dire ça ? N’était-ce pas pour cela que les homosexuels et leurs alliés se sont battus depuis des décennies ?” C’est vrai, mais ce n’est qu’un pas de plus vers un but plus grand et lointain. Alors pour quoi d’autre nous battons nous, et pourquoi?

Aucune autre génération n’a été interconnectée de la manière dont nous le sommes aujourd’hui.

Les membres de la génération Y sont exposés à une plus grande diversité que leurs prédécesseurs. Qu’elle soit ethnique, religieuse, de genre ou sexuelle. Une des conséquences d’une telle diversité est qu’un grand nombre d’individus de la génération va traverser des phases de questionnement identitaires. Grâce où à cause d’internet, nos expériences individuelles sont souvent des expériences partagées qui se répandent de manière globale. Nous jouissons d’une présence sur les réseaux sociaux qui nous permet d’échanger des informations, mais aussi nos points de vue sur les questions courantes, tout en nous informant sur ceux des autres.

Ainsi, aucune autre génération n’a été interconnectée de la manière dont nous le sommes aujourd’hui. Nous nous comprenons bien plus mutuellement que nos prédécesseurs et nous prenons conscience que, lorsqu’il est question de changement, chaque voix compte. Ce constat ne fut jamais aussi clair que lors des suites de la décision de la Cour Suprême.

La plupart des réactions négatives dérivaient de valeurs religieuses traditionnelles ou désuètes, de comparaison répugnante avec le terrorisme, et de brutales revendications portant sur la légitimité de l’orientation sexuelle et du mariage en lui-même. La plupart de ces réactions provenaient des membres de la génération X et des baby-boomers et cette fronde est révélatrice des raisons de l’insatisfaction des millennaux.

Millenials 1

Nous ne sommes pas satisfaits, car nous avons vu le visage de la plus grande menace à l’égalité : l’ignorance. Combien parmi nos connaissances les plus âgées savent que les femmes latino-américaines souffrent du plus grand différentiel de salaire, gagnant 54 cents pour chaque dollar que gagne un homme blanc? Ou encore que plus de 41% de personnes transgenres avaient tenté au moins une fois de se suicider ? Et combien encore savent que la majorité des consommateurs de drogues aux États-Unis sont des blancs, alors que la majorité des individus poursuivis et emprisonnés pour utilisation de drogues sont des noirs ?

Bien que de grandes victoires et avancées ont été obtenues en un siècle, la génération Y a encore plusieurs batailles à engager au nom des minorités.

L’Amérique d’aujourd’hui est ravagée par les discriminations, qui sont nourries par les préjudices, l’apathie, l’ignorance, et un ancrage profond dans les générations qui nous ont précédés. Bien que de grandes victoires et avancées ont été obtenues en un siècle, la génération Y a encore plusieurs batailles à engager au nom des minorités.

Les individus de la génération Y sont plus tolérants que les membres des générations précédentes, et du fait de notre interconnectivité grandissante et de la possibilité d’entendre les histoires des uns et des autres, nous sommes à même de prendre conscience des combats et difficultés de ceux qui restent autrement sans voix. Nous sommes une génération de passionnés avec de fortes valeurs morales que nous défendons ardemment, et nous sommes de plus en plus enclins à le clamer haut et fort, et sur une échelle globale.

Je suis un homme, blanc, hétérosexuel, cisgenre, j’ai été élevé dans une famille de classe moyenne supérieure et de tradition chrétienne. De tous les points de vue, je suis le visage du privilège. Mais je suis aussi le visage de l’oppresseur. Mes traits et mes identités m’incluent dans une majorité qui a écrasé les minorités durant des siècles. Ce sont d’autres, milennaux qui m’ont poussé à reconnaître mon statut social plus qu’avantageux. Et ce sont également ceux qui m’ont encouragé à utiliser ce statut à l’avantage et pour la défense des minorités, à chaque fois que cela est possible.

Après quatre ans d’université, entouré de millennaux, j’ai appris à reconnaître mes propres limites et défauts. Nous sommes tous, globalement, inconstants, la plupart du temps égocentriques, et beaucoup d’entre nous sont ignorants de bien des choses de la vie et du monde. Mais encore une fois, nous avons su reconnaître combien nous sommes divers et variés les uns des autres, et que nous avons tous un avis sur la question. Les membres de la Génération Y peuvent bien être aisément s’indigner, mais bon nombre ont de quoi l’être, et nous sommes également très opiniâtres sur la question !

Millenials 2

 

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