« Fluctuat Nec Mergitur » : Paris battue par l’horreur ne sombre pas.

Dans la soirée du vendredi 13 novembre 2015, Paris a été le théâtre de plusieurs attaques coordonnées d’une rare gravité. Globalement, huit incidents ont été signalés dans la ville ou au moins huit individus organisés en trois commandos, ont entraîné la mort de 129 innocents. Plus de trois cents personnes sont blessées dont une centaine dans un état critique.

Par Omar Tarabay

Jamais, depuis la Deuxième Guerre Mondiale la capitale n’avait connu un tel bain de sang. Les attaques se sont déroulées dans les 1, 10, et 11e arrondissements de la ville, ainsi que près du Stade De France à Saint-Denis, au nord de la capitale. En ce début de week-end, les terrasses, bars et restaurants branchés étaient remplis de monde.

Ces attaques ont été revendiquées par Daech, confirmant les suspicions nées après les rapports initiaux de témoins affirmant avoir entendu les assaillants parler de « Syrie » et crier Allah Akbar.

Suite à son évacuation du Stade de France, le président a rencontré le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre Place Beauvau, avant de rapidement, peu avant minuit, annoncer deux mesures exceptionnelles : l’état d’urgence sur la totalité du territoire et la fermeture des frontières, afin de faciliter l’arrestation de potentiels suspects et empêcher la fuite d’éléments responsables. En outre, l’armée a été mobilisée afin de venir en aide aux opérations policières.

À la suite de cette annonce, le Président a tenu une réunion exceptionnelle du gouvernement, avant de se rendre au Bataclan, où la prise d’otage venait de prendre fin grâce à l’action du BRI.
Ce matin, un Conseil de Défense restreint s’est tenu sous à l’Élysée en présence du Président, qui a annulé sa participation au G20 qui se tiendra en Turquie.

Dès les premières confirmations de fusillades, la peur et les rumeurs ont recouvert la capitale et le pays, accentuées par un appel à rester chez soi et un couvre-feu. Un travail de décryptage et de décodage de l’information est grandement nécessaire pour éviter la perpétuation d’idées reçues et rumeurs pouvant attiser la peur et la haine.

Cependant, ce climat d’incertitude et de peur n’a pas empêché les Parisiens de se montrer particulièrement solidaires avec leurs concitoyens pris au piège dans des secteurs difficiles, et pressés par les autorités de se réfugier à l’intérieur le plus rapidement possible. Les intéressés ont rapidement créé un #PorteOuverte, qui permet de faire savoir aux gens les endroits près d’eux où ils pouvaient se réfugier. Aujourd’hui, toujours dans ce même élan de solidairité et d’entre aide, ce sont des appels aux dons du sang qui ont été lancés afin de venir en aide aux hôpitaux faisant face à un afflux exceptionnel de blesses.

Très rapidement, les condamnations sont arrivées du monde entier. Le discours du président américain a souligné les liens forts unissant les peuples français et étasunien, et a assuré du soutien total des États Unis aux côtés de la France, dans le combat contre la terreur. Si les condamnations sont nombreuses, elles restent protocolaires et standardisées. Nous devons encore attendre afin de voir si ces événements tragiques mèneront enfin à une réflexion globale plus que nécessaire sur le terrorisme et des manières de le battre et l’empêcher.

Des commentateurs ont souligné le fait que ces attaques se sont déroulées dans une zone avoisinant le siège de Charlie Hebdo, comme si les terroristes voulaient remuer le couteau dans la plaie et nous rappeler notre vulnérabilité. Une stratégie respectant parfaitement le modus operandi du terrorisme, qui vise plus à un choc psychologique disproportionnellement élevé qu’à une destruction physique ou humaine.

C’est un combat bien plus ardu qui nous attend. Une guerre qui va exiger que nous continuions nos vies normalement.

Le Président François Hollande a parlé de « guerre ». Il a mentionné comment une armée terroriste nous a attaqués. L’utilisation de ces mots altère significativement la manière dont on peut désormais analyser et percevoir le combat contre Daech. En effet, étant donné que la guerre et l’armée sont l’apanage des États, parler ainsi vient à étatiser indirectement Daech. Nous pouvons donc espérer qu’une telle reconnaissance permettra d’une manière ou d’une autre de renforcer les efforts déployés pour combattre l’organisation terroriste. Des efforts qui doivent être renforcés, aussi bien au Proche Orient que dans nos pays. Nous devons à tout prix réduire l’attrait de Daech, empêcher nos ressortissants de les rejoindre et grossir leurs rangs, et participer à leur machine de terreur en Syrie, en Irak et dans leur pays d’origine. Le fait qu’ils quittent le pays les rend incommensurablement plus dangereux. Clairement, un effort de coordination européen ne servirait que positivement à une telle entreprise. Paris n’étant pas la seule capitale européenne visée et vulnérable.

Nous sommes en guerre, je suis d’accord avec cette affirmation. Une guerre totale dans laquelle nous sommes tous impliqués. Mais ce n’est pas une guerre qui va nécessiter que l’on prenne les armes ou que l’on aille au front défendre la patrie. C’est un combat bien plus ardu qui nous attend. Une guerre qui va exiger que nous continuions nos vies normalement. Que nous sortions, dans les bars, dans les restaurants, que nous remplissions les terrasses et les salles de spectacles. Que nous continuions à rencontrer des gens, à se rendre dans des manifestations publique ou encore utiliser les transports en commun. C’est un combat qui va exiger que nous conservions un esprit ouvert, de ne pas succomber aux raccourcis et aux généralisations. De ne pas tomber sous l’oppression de la peur de l’autre et des inconnus. Non seulement nous risquons de perdre notre humanité, mais nous serions distraits du véritable ennemi. Certains peuvent tirer un plaisir mesquin d’un « on vous l’avait dit » ; je ne pense pas que ce genre de comportements permette de résoudre quoi que ce soit, et surtout pas les origines et les causes du terrorisme.
Je pourrais argumenter plus encore, mais mon point est que cette guerre va nécessiter que l’on défende farouchement nos valeurs les plus essentielles. Celles-là mêmes que les terroristes ont attaquées. Car c’est là le but de cette guerre : non pas de détruire nos infrastructures vitales ou nos armées en marche, mais de nous forcer à la peur et l’abandon de nos valeurs, dans l’espoir d’un peu de sécurité. Je rejoins le sage avis de Benjamin Franklin dont les mots conservent une actualité poignante; « Ceux qui abandonnent un peu de liberté pour un peu de sécurité, ne méritent aucun et finiront par perdre les deux ».Bien évidemment, nous devons rayer de la carte ce soi-disant califat pour gagner cette guerre et rendre notre monde plus sûr ; mais nous devons également leur montrer que leurs attaques n’ont pas eu l’impact qu’ils attendaient. Simplement en clamant haut et fort, Liberté, Égalité, Fraternité, lorsqu’ils nous attaquent, ils prendront conscience de l’inutilité de leurs actes et nous approcherons de la victoire.

Publicités