Hollande annonce ses mesures phares contre le terrorisme

Profitant de la disposition constitutionnelle, voulue par M. Sarkozy en 2009, François Hollande a pu tenir un discours devant le Congrès rassemblé à Versailles. Cette annonce solennelle, qui intervint trois jours après les massacres du vendredi 13, a été l’occasion pour lui d’annoncer ses mesures pour l’avenir.

Par André Duramois

Les mesures versent dans ce que la République a de plus sécuritaire au niveau interne et à un redoublement de l’activité guerrière en Syrie. Voici les points principaux présentés par François Hollande :

Sur le plan intérieur :

  • Demande de prolongation de l’état d’urgence à 3 mois.
  • Création de 2000 postes de policiers sur les 2 années à venir.
  • Possibilité de déchéance de la nationalité française pour les binationaux, même pour ceux nés en France.
  • Examen par le Conseil d’État d’un nombre de propositions comme le port de bracelets électroniques pour les radicalisés surveillés ou le confinement des salafistes dans des centres de rétention, l’expulsion immédiate d’étrangers présentant une menace, le port des armes pour les policiers hors service, etc.
  • La modification de la Constitution de 1958 pour que l’article 16 et l’article 36, obsolètes, ne soient pas les seules manières d’instaurer un régime d’exception sécuritaire.

Sur le plan extérieur :

  • Appel à une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU pour adopter une résolution visant explicitement Daesh.
  • Appel à une grande alliance contre Daesh avec la Russie et les États-Unis.
  • Le déplacement du porte-avions Charles de Gaulle vers la Méditerranée orientale pour tripler la capacité de frappe française en Syrie.
  • Aucune diminution des moyens alloués à la Défense d’ici 2019.

Il convient de rappeler que la majorité de ces mesures, et notamment la réforme constitutionnelle, nécessitent l’adoption d’une loi et donc l’accord du Parlement français. Ce ne sont à ce stade que des annonces.

Entre union sacrée et stature présidentielle martiale, Hollande a dû réaliser un exercice d’équilibriste. D’un côté, il ne cède pas aux exigences de l’opposition (bracelets, détention des personnes faisant l’objet de fiches « S », vidéosurveillance généralisée…) qu’il renvoie en examen d’efficacité et de légalité auprès du Conseil d’État. Il semblerait ainsi qu’il veuille éviter un « Patriot Act » à la française, adopté dans l’émotion et menaçant les libertés privées et publiques sur le long terme. De l’autre côté, il verbalise explicitement l’état de guerre et assume sans retenue les nouvelles orientations de la politique étrangère au Moyen-Orient, avec notamment l’intensification de l’engagement français contre Daesh. En l’état actuel des choses, tout autre choix aurait produit l’effet d’une reculade, ce qui en relations internationales est inconcevable. On peut cependant critiquer le peu de temps consacré au maintien de l’unité du peuple français, à rappeler l’impératif d’éviter tout amalgame et notamment celui qui rendrait les réfugiés responsables des agissements de ceux qu’ils fuient. Sur ce point, François Hollande entend surtout les arguments d’extrême droite, comme le prouve l’extension de la déchéance de la nationalité et la facilitation des expulsions du territoire, alors même que tous les attentats salafistes commis en France ces dernières années étaient réalisés par des citoyens français.

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