Débat éditorial : Annulation de la Fête des Lumières de Lyon

Suite à l’annonce de l’annulation de la fête des Lumières de Lyon, du fait des problématiques de sécurité liées à un évènement attirant plus de trois millions de visiteurs, les managers du Typewriter ont engagé un débat sur la nécessité – ou non – et les raisons d’une telle annulation.

Omar Tarabay a d’abord réagi à l’annonce de l’annulation en faisant référence à la nécessité de ne pas changer nos habitudes, pour ne pas octroyer la victoire aux terroristes. Et que l’annulation de la Fête des Lumières représentait ainsi une victoire pour l’obscurantisme.


Ce à quoi Marion Marigo a répondu:

“Non je ne suis pas d’accord, ils n’ont pas gagné. Les gens sont paniqués au moindre bruit. Un seul souci et la ville de Lyon aurait été accusée de « ne pas avoir su mesurer le risque » et la réputation de la ville aurait pris un coup. Et financièrement parlant, ne serait-ce que ça, vu l’enjeu touristique, la ville aurait eu beaucoup de mal à le supporter. C’est très triste, mais il faut aussi penser l’événement sur le long terme et ne pas le ternir sur plusieurs années, même si cela doit signifier de l’annuler une fois. Ce n’est pas la victoire de l’obscurantisme au contraire. C’est une décision rationnelle pour montrer que l’on vise le long terme et que le long terme rayonnera.”

Omar Tarabay“Je suis d’accord de ce point de vue, ça reste une décision rationnelle, et une décision plus que défendable et je suis persuadé qu’ils n’avaient que notre sécurité en tête. C’est d’autant plus noble vu les enjeux financiers de l’évènement ! Je n’aurais vraiment pas aimé être à leur place dans cette situation.

Mais je suis triste quand même, il n’y a pas besoin de grosses manifestations pour faire peur ou du mal. Tu vas dans une salle de cinéma et tu peux faire autant de victimes que tirer dans une rue étroite de Lyon.

Je ne sais pas, je ne peux pas forcer tout le monde de prendre le risque, mais je trouve que c’est un risque à prendre. Des centaines de gens meurent du cancer tous les jours parce qu’ils ont fumé, mal mangé, ou pas fait de sport. Ils prennent leur voiture tous les jours pour aller au travail, un moyen de transport extrêmement risqué. Il y a tellement de dangers dans nos sociétés, je ne vois pas pourquoi on se concentrerait uniquement sur le danger terroriste qui, en soi, ne tue pas plus que d’autres phénomènes. Il est juste plus spectaculaire. Et justement, l’objectif du terrorisme n’est pas uniquement de faire peur, mais de faire changer les comportements des cibles visées. Et du coup c’est pour ça que je trouve dommage qu’on leur donne ce plaisir. Ça ne veut pas dire que je n’ai pas peur, j’ai peur à chaque fois que je prends le métro, mais je ne veux pas laisser uniquement ma peur guider ma vie.”

Marion Marigo: “C’est là où je ne suis pas d’accord, justement si on garde nos habitudes et défend notre culture sur le long terme alors on ne change pas notre mode de vie. Je sais qu’il y a d’autres causes de mortalité bien plus importantes que le terrorisme, mais parce qu’il – par définition – terrorise, tu ne peux pas te comporter de la même façon par rapport à lui que par rapport aux accidents de la route. Et qu’on s’entende bien : là dans les manifestations publiques, le danger ce n’est pas les terroristes. C’est les Lyonnais et les touristes qui eux seuls risquent de créer un mouvement de panique dans les rues de Lyon. Et alors quoi, Daesh se dirait « 300 morts piétinés et on n’a même pas eu à intervenir »? LÀ, ils auraient gagné. Ils ont tout perdu si on sait rester fiers, mais fiers de façon mesurée, pour ne pas faire prendre de risques inconsidérés à des innocents qui risquent un danger uniquement, cette fois, à cause de nous-mêmes. Il ne faut pas que notre fierté d’être français (et tu sais à quel point je le suis) tombe dans la démesure et qu’on s’enflamme au risque de dire: « Rien n’a changé ». Si, ça a changé, j’en suis la première triste, mais c’est en réalisant que ça a changé qu’on pourra mieux s’adapter et continuer à avancer dignement et pousser plus haut nos événements culturels.”

Omar Tarabay“Effectivement je ne l’avais pas vu sous l’angle de « si on se piétine – ils s’en réjouiront »… tu as raison sur ce point, mais ça ne calme pas ma frustration malheureusement. Comme je disais je ne peux pas forcer les gens à prendre des risques et à garder la tête froide, je trouve juste ça dommage.

Après la question qui m’inquiète le plus derrière cette annulation là, c’est ou est ce que les annulations vont s’arrêter ? Est-ce que l’annulation d’événements publics trop importants va devenir la nouvelle norme ? Plus de fête de la musique ? Plus de carnaval ? Plus de fêtes foraines ? Plus de marchés ? Enfin on peut imaginer tout. Et finalement, est-ce que le penchant sécuritaire ne va pas l’emporter et là c’est l’état de droit et de liberté qui vont s’éroder?

En disant cela je me rends compte que si on maintient les Lumières, et qu’un événement tragique ce produit, là oui en effet tout est annulé pour longtemps … et c’est pour ça que je comprends ton argument du long terme. Mais il faut rester vigilant (et je tourne dans ma cage de frustration parce que je ne trouve pas de solutions miracles !)”


À la lumière des évènements tragiques et de ces conséquences sur la société française, il apparaît plus que jamais nécessaire que le débat continue et s’enrichisse. Et il ne peut s’enrichir si ce sont toujours les mêmes qui parlent et se répondent. C’est pourquoi The Typewriter, mais aussi notre société démocratique, a besoin que vous donniez votre avis, que vous discutiez, que vous racontiez votre histoire, afin que l’on puisse créer une plateforme où le débat pourra se faire et ou nous pourrons tous apprendre les uns des autres. Les idées doivent s’exprimer, les idées contraires doivent se confronter. Nous n’avons pas à être tous en accord, mais nous pouvons l’être de manière respectueuse.

Comme nous avons pu le voir, le débat ne mène pas toujours a une solution et n’offre pas réponse à tout. Il peut donc paraître futile et réservé à une élite technocratique éloignée des réalités du terrain et du pragmatisme. Mais cela ne tient qu’à vous d’investir les débats et de faire entendre votre opinion. Nous croyons que le débat peut nous permettre d’avancer ensemble et nous l’aurons répété plus d’une fois, c’est ensemble que nous trouverons les solutions, pour combattre le terrorisme, mais aussi tous les autres défis que nous avons à relever.

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