Je fabrique des fusées

Par Andréa Arbeille

Ce n’est pas un hobby commun, mais ça existe.

Je ne suis pas de la génération qui a pu voir les premiers hommes marcher sur la Lune mais, déjà enfant, j’étais émerveillé par l’espace en regardant les bandes dessinées de Tintin. Et même si, au fil des années, je me dirigeais vers des études en ingénierie, les fusées restaient un rêve d’enfant relativement lointain.

En arrivant en école d’ingénieur, au cours d’une longue soirée de présentation des clubs, une vidéo est sortie du lot, et c’était un lancement de fusée. Je suis tombé tout simplement dans le « cercle vicieux » de l’associatif où plus je m’impliquais, plus j’avais envie d’en faire, alors que la réussite n’a pas toujours été au rendez-vous. J’ai eu la chance de pouvoir lancer ma première fusée en France grâce aux lancements organisés par Planète Sciences en collaboration avec l’agence spatiale française (CNES), mais elle s’est crashée. Pourtant, je voulais continuer car c’est avant tout la passion qui me motive à me consacrer au club en parallèle de mes études. C’est pourquoi, lorsque j’ai déménagé au Québec il y a deux ans, j’ai rejoint le club RockETS de l’Ecole de Technologie Supérieure de Montréal.

OFA_0096.JPG

Mais une fusée c’est quoi ?

Avant tout, c’est un véhicule pour aller dans l’espace, là où il n’y a pas d’air pour voler comme un avion. Les fusées peuvent aussi bien transporter des humains, des satellites ou des sondes spatiales.

Le but premier des fusées étudiantes est, à défaut d’aller dans l’espace, d’embarquer des expériences scientifiques diverses et variées.

Au niveau étudiant, on ne vise pas encore l’espace, vous vous en doutez. Les altitudes atteintes sont la plupart du temps en deçà de quelques kilomètres alors que l’espace commence à 100 km.

1620422_633358840056081_876655795_n.png

Le but premier des fusées étudiantes est, à défaut d’aller dans l’espace, d’embarquer des expériences scientifiques diverses et variées : mesure de la vitesse de la fusée ou des radiations en altitude, expérimentation en micro gravité, enregistrement vidéo, guidage d’un parachute… Ces expériences constituent des projets à part entière et sont parfois réalisées en partenariat avec d’autres universités. Aujourd’hui, en tant que responsable de la charge utile – ou payload en anglais –, je m’occupe de faire le lien entre toutes les personnes travaillant sur les expériences embarquées dans la fusée tout en en développant quelques-unes.

Du travail en club jusqu’à la compétition

La fabrication de fusées se révèle être un travail multidisciplinaire mêlant mécanique, aérodynamique, propulsion, électronique embarquée et programmation de cette dernière. Au club RockÉTS, des étudiants ingénieurs de tous les domaines collaborent donc dans le but de fabriquer chaque année deux fusées, meilleures que celles de l’année précédente.

Concrètement, nous pourrions aisément acheter un kit sur internet, le payer et le monter. Mais cela ne nous apporterait rien.

Quasiment toute la fusée est conçue et fabriquée par nos soins, depuis le fuselage en fibre de carbone jusqu’au circuit imprimé mesurant l’altitude, en passant par le parachute. Le moteur est la partie la plus compliquée à développer dans un contexte universitaire car il requiert des autorisations spécifiques au niveau de la sécurité. Concrètement, nous pourrions aisément acheter un kit sur internet, le payer et le monter. Mais cela ne nous apporterait rien et ce travail de main d’œuvre nous force à développer des connaissances et un savoir-faire connexe. Tout l’ensemble de ce travail permet donc d’appliquer les connaissances de nos cours mais surtout d’en développer de nouvelles car les cours touchant à la fuséologie ne sont pas des plus courants.

rocketryphotography.com

L’aspect technique n’est pas la seule source de travail au sein de l’équipe, puisque, comme tout club étudiant, la gestion et la communication sont essentielles. La recherche de commanditaires, par exemple, est indispensable afin d’avoir les moyens de mener à terme tous nos projets.

La compétition de l’Intercollegiate Rocketry Engineering Competition (IREC) dans le désert de l’Utah aux États-Unis ne s’improvise pas non plus. RockÉTS lance ses deux prototypes lors de cette compétition qui regroupe une soixantaine d’équipes universitaires venant des quatre coins du monde. Cela représente l’accomplissement de notre travail de l’année car c’est le moment où tous les choix de conception sont validés ou non. La puissance des lanceurs ne laisse pas de place à l’erreur : une fusée peut peser 50kg et monter à 7km d’altitude en moins de 40 secondes (vitesse maximal de 1440km/h soit 1.3 fois la vitesse du son).

rocketryphotography.com

Heureusement, l’IREC n’est pas la seule occasion de l’année pour lancer nos fusées. Des associations comme le Club Québécois de Fuséonautique (CQF) organisent des évènements permettant à tous les passionnés de venir partager leur passion et de lancer leurs fusées. Les évènements du CQF ont lieu dans le centre de la province du Québec ou vers le lac St Jean.

Dans tous les cas, cette puissance feu est loin de celle utilisée dans l’Utah : on parle ici de fusées de quelques kilogrammes et ne dépassant pas 3 kilomètres d’altitude. Mais qu’importe la puissance, le plaisir de voir décoller son projet est intact.

Crédits photos : Rocketryphotography & RockETS

Publicités