Barack Obama à Hiroshima : quel message ?

Par Jessy Perié

Le 27 mai prochain, à l’occasion du G7, le président américain se rendra sur les lieux du bombardement nucléaire du 6 août 1945, à Hiroshima. Il sera le premier de sa fonction à faire cette démarche.

Soixante et onze ans se sont écoulés, et jamais un président n’a visité les lieux du drame qu’est le bombardement atomique d’Hiroshima. Un point sensible de l’Histoire, autant pour les Japonais que pour les Américains. À tel point que Barack Obama y a tout d’abord envoyé son secrétaire d’État, John Kerry, en avril. Officiellement présent pour une réunion des Ministres des Affaires Étrangères des pays du G7 – organisé par le Japon cette année –, John Kerry s’est rendu dans le Parc du Mémorial et a déposé une gerbe de fleurs au pied du monument dédié aux victimes. Déjà, il représentait le plus haut représentant gouvernemental américain à s’être rendu sur les lieux.

Comment interpréter cette visite ? Le discours officiel de la Maison-Blanche annonce « un engagement renouvelé [de la part du président] pour la paix ». Que l’on pourrait traduire par une volonté, toute naturelle, de la part d’Obama de laisser une trace historique de son mandat. Tous les présidents s’y essayent, avec plus ou moins de succès : le New Deal de Roosevelt, le plan Marshall de Truman ou plus récemment la guerre en Irak, en 2003, menée par Georges W. Bush pour combattre « l’Axe du Mal » dans le cadre d’une plus globale Guerre Contre le Terrorisme (War on Terror)… on l’a dit, avec plus ou moins de succès. Obama lui, a reçu le prix Nobel de la Paix en 2009, sa voie était donc toute trouvée. Même si les événements l’ont révélé plus militariste qu’il ne le montrait de prime abord. Ainsi, même si Barack Obama ne compte pas exprimer des excuses, mais des regrets à l’encontre du Japon, la visite à Hiroshima représente une manière de finir en beauté, de respecter une sorte de ligne éditoriale présidentielle humaine et pacifique. Mais pas que.

La paix, c’est bien. La paix économique, c’est mieux

Au-delà de l’image et de la paix, cette visite porte un autre symbole. Le Japon a récemment affiché une claire volonté d’ouverture dans sa politique étrangère. Une ouverture autant régionale que mondiale, qui repose sur trois grands axes : consolider ses alliances avec les pays voisins, se positionner comme contributeur actif à la sécurité mondiale, et renforcer ses rapports avec les États-Unis. Le Japon a d’ailleurs signé en février 2016, trois mois avant la visite à Hiroshima, le TPP parrainé par l’Oncle Sam. Ce Trans-Pacific Partnership est un accord auquel douze pays en tout participent, et qui facilite les échanges entre les pays signataires. Tokyo a par exemple accepté de diminuer ses taxes douanières pour les produits importés des États-Unis. Il a aussi dû accepter d’ouvrir son marché aux produits laitiers australiens et néo-zélandais, pays signataires, un point qu’il refusait catégoriquement jusque-là. Cela montre tout l’intérêt du Japon, économique, et à raison, quand on sait que les États-Unis sont depuis 2013 les premiers clients de l’archipel. Un intérêt réciproque, qui s’inscrit dans la politique de Washington de « pivot vers l’Asie ».

Une politique de réorientation stratégique de l’Europe vers l’Asie Orientale, théâtre incluant non seulement la Russie, mais surtout la Chine et bientôt l’Inde. Washington cherche donc à asseoir sa présence dans la zone Pacifique, où le Japon, troisième économie mondiale pourrait jouer un rôle. Et à rassurer ses partenaires locaux, face à la Chine, désormais deuxième sur le podium économique, et qui ne cache plus ses ambitions impérialistes, sinon irrédentistes dans le secteur (et notamment dans celui des îlots de Mer de Chine Méridionale). Cette visite à Hiroshima, tout comme la signature du TPP, pourrait donc aussi être un message « on fait un pas, moins grand que le vôtre, car on a besoin de vous, mais on veut tout de même garder le contrôle ». Des jeux de grands, qui prouvent une fois de plus que chaque acte, économique ou diplomatique, s’inscrit d’une manière ou d’une autre dans un système stratégique global.

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