Mike Pence, ou le choix de la haine

Par Jessy Périé

Mike Pence, c’est la caution. La caution chrétienne, la caution bien sur soi, la caution « propre » et sans concession envers tout ce qui n’est pas américano-chrétien. Il est le nouveau colistier de Donald Trump, et sera peut-être le nouveau vice-président ultra-conservateur des États-Unis. Portrait.

Il n’aime pas les homosexuels.

Déjà en 2009, alors représentant de l’Indiana au Congrès, il entreprend de retirer l’orientation sexuelle dans la définition d’un crime de haine. Selon Mike Pence, on peut se faire agresser parce qu’on n’est pas hétérosexuel. Grave erreur, de ne pas être hétérosexuel avec M. Pence. En parallèle, il se bat aussi pour que les fonds destinés à la lutte contre le SIDA soient plutôt tournés vers les programmes destinés à transformer les gays en bons hétéros américains. Chapeau de cow-boy offert. Et il persiste en 2015, en faisant passer une loi qui fit grand bruit, une loi autorisant les entreprises à refuser des services commerciaux dans le cadre de mariages gays. Mais devant le tollé, il fut obligé de faire marche arrière. Et heureusement.

Il n’aime pas les femmes aventureuses.

Ou même juste un peu indépendantes. Les femmes, pour Mike Pence, « peuvent tout avoir, mais vos enfants, en étant à la crèche, seront désavantagés sur le plan émotif ». La culpabilité comme argument contre ces femmes qui mènent une vie professionnelle active, qu’il ne lui viendrait même pas à l’esprit d’appliquer à un homme. La femme génitrice, gardienne du foyer, et qui n’a pas non plus son mot à dire sur son corps : le nouveau colistier du candidat républicain a acté en mars dernier une loi extrêmement dure sur les conditions de l’avortement dans l’Indiana. De plus, il vient de s’engager activement pour couper les subventions accordées à l’association Planned Parenthood – l’équivalent de notre planning familial.

Il n’aime pas Darwin.

Car que serait un conservateur ultra-radical s’il croyait en la théorie de l’évolution ? Mike Pence a déclaré être « chrétien, conservateur et Républicain. Dans cet ordre ». Un créationniste, pur et dur. Et lorsqu’un journaliste lui soumet lors d’une interview l’hypothèse que Dieu a pu créer la Terre et les êtres vivants via l’évolution, Mike Pence élude : « Je ne peux pas le dire. Je crois en cette vérité fondamentale de la création divine ».

Il y a beaucoup d’autres choses que Mike Pence abhorre.

Comme la « théorie » sur le réchauffement climatique, fausse selon lui, les dangers du tabac, imaginaires aussi selon lui, ou encore les médias. On parle ici d’un homme qui a tenté de créer une agence d’État émettant des articles clé en main pour les journaux locaux. Ce père de famille de 3 enfants, marié depuis plus de 30 ans, représente un danger à long terme pour son pays sans doute tout aussi grand que le terrorisme. Une Amérique refermée sur elle-même, clivée, emplie de haine envers tout ce qui ne lui ressemble pas. Alors que les divisions raciales s’amplifient, que la police, symbole-même de l’ordre, est attaquée et remise en cause, Donald Trump est en campagne et a été adoubé comme candidat républicain pour la Maison Blanche. La preuve que ces idées régressives n’ont pas été enterrées. Les gens, par peur, par manque de recul et/ou d’éducation, veulent retrouver la sécurité. Et la sécurité, c’est d’abord avoir des repères connus. Une église au bout de la rue, des gens habillés comme eux, qui parlent la même langue, croient en la même chose, mangent la même chose. Le fondamentalisme et le radicalisme ne sont pas uniquement le fait de Daech. En choisissant Mike Pence, 50e gouverneur de l’Indiana depuis 2013, ultra-radical et conservateur, Donald Trump a fait un pas de plus – oui, c’est possible – vers la régression et l’autoritarisme, le démantèlement de valeurs si durement acquises. L’expression de « vérité fondamentale » utilisée par Mike Pence mais aussi par beaucoup de radicaux en général est révélatrice. Il n’y a aucune remise en question, aucune intention de réflexion. On considère ce en quoi l’on croit comme un dogme, immuable. On croit ses idées supérieures, on se croit supérieur, et donc aptes à faire la guerre et à la gagner contre ceux qui tentent de nous contrer. Mike Pence, oui, c’est la caution. La caution de l’erreur.

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